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Je progresse dans cette revue de lectures, de bibliothèque, et ce n’est pas toujours évident de se rappeler tout, de trouver LA réponse qu’on souhaite la plus juste, la plus vraie, la plus proche de soi. Je prends le mot « triste » pour « un livre qui vous fait pleurer » et j’en choisis un dont je me souviens bien (il aurait pu être dans les livres relus aussi). Et c’est l’occasion de parler de mon chouchou, et d’un Belge, d’une pierre deux coups. Il s’agit de

Derrière la colline de Xavier Hanotte : « Dans un coin perdu de Picardie, non loin de croix de bois, un homme se souvient. Ses années de jeune professeur londonien, ses premiers succès de poète et d’écrivain. Un chagrin d’amour, brutal, inguérissable. La rencontre avec Wiliam Salter, son compatriote jardinier, auprès de qui il décide de rejoindre les troupes britanniques engagées dans la bataille de la Somme. A cet instant, peu lui importe de vivre ou de mourir. Mais dans la boucherie sanglante des tranchées, le destin lui offre une solution inattendue. » (4e de couverture de l’édtion poche, apparemment épuisée)

Xavier Hanotte est un de mes écrivains préférés, Derrière la colline est dans mon top 3 des livres préférés, c’est le premier que j’ai découvert de cet auteur. Il me tombe souvent dans les mains, au hasard des recherches dans ma bibliothèque, à chaque fois je l’ouvre, j’en lis un bout au début ou à la fin et à chaque fois… je pleure ! (à tout le moins je suis très émue) A cause de cette écriture tout en retenue et en émotion, qui sait se faire lyrique, qui sait briser le coeur du lecteur comme celui de son héros est déçu à jamais par sa Béatrice. A cause de ces thèmes de la guerre dans les tranchées, de l’identité, de la mort, de la poésie.

Les sites de la bataille de la Somme (avec l’assaut sanglant du 1e juillet 1916) dont il est question dans ce livre, ce n’est pas très loin de chez moi. Je suis allée visiter ces lieux de mémoire, j’ai vu « le Monstre » dont parle le héros, c’est le mémorial de Thiepval, j’ai vu le petit cimetière britannique d’Authuille, les trous d’obus de Beaumont-Hamel… C’est un petit coin de Picardie très vert, les traces blanches des croix du Commonwealth paraissent bien légères à côté du « Monstre » où sont gravés les noms de milliers de soldats disparus dans ces combats. Et j’aime ces lieux de mémoire, je suis touchée par la nostalgie et le calme qui règne là. Sans doute l’émotion provoquée par le livre est-elle liée à ces sentiments.

Dans Derrière la colline, Xavier Hanotte réussit à mettre en scène le vrai Wilfred Owen, dont il a traduit les vers. Et c’est touchant aussi de lire les passions de l’auteur.

Le livre est dédié à « Paul-L. Hanotte, honnête homme et meilleur ami. Papa, autrement dit. » Et c’est beau. Cela me permet de souligner que je ne pleure pas à cause de la guerre (groze malheur) mais à cause de la beauté du livre, du sujet, de l’écriture et de la douleur de cet homme qui n’a pas trouvé d’autre solution pour exister un peu, enfin, pour être libre.

Xavier HANOTTE, Derrière la colline, Belfond / Pocket, 2000

P.S. Lystig, si tu passes par ici : certes on peut abréger WilliamSalter en Bill, mais ce n’est pas le même que celui de Boule !!