Ce billet est proposé par Nadège, dans le cadre du challenge Des notes et des mots. Comme elle n’a pas de blog, je lui ouvrirai autant de pages qu’elle souhaitera écrire dans le cadre de ce défi musical !

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« La dernière fille avant la guerre », c’est le titre de ma première lecture effectuée dans le cadre du challenge musical de ce blog. « La dernière fille avant la guerre », c’est aussi le titre d’une chanson d’Indochine, groupe français mythique et adoré de la jeune Anne (alias Chloé Delaume). Ce roman d’autofiction, genre de prédilection de l’auteure, nous plonge dans un récit schizophrénique dans lequel Chloé et Anne reviennent sur cette passion adolescente, l’ambition d’écrire pour son groupe favori, l’amour idolâtre pour Nicola Sirkis… C’est à de véritables joutes verbales que nous assistons par instant, la taille des caractères différant selon qu’il s’agit d’Anne ou de Chloé. Les deux personnalités s’interpellent, se coupent la parole, n’ont pas les mêmes souvenirs, s’accusent de ne pas être tout à fait honnêtes…

Chloé le rappelle régulièrement : elle est un personnage de fiction. Depuis plusieurs années, elle s’est emparée de l’enveloppe corporelle d’Anne. Celle-ci a fini par disparaître jusqu’au jour où… Nicola Sirkis, leader du groupe Indochine, fait appel à Chloé pour lui demander de lui écrire des textes pour son prochain album : Alice & June. Anne, qui a toujours rêvé d’être parolière pour le groupe ne se tient plus et s’immisce dans les réflexions de Chloé tout au long de l’écriture.

« La dernière fille avant la guerre », c’est également l’histoire d’une souffrance : « Parce qu’Indochine, avec autrui, c’est compliqué. Très compliqué. Quand je traînais avec des goths, des punkounets alternatifs et une poignée de métalleux, c’était déjà un handicap. » Sans parler du milieu intello : « Agamben […]. Sur le moment il ne voyait pas très bien, mais comme on lui a fait hou hou. Évidemment, après, tenter de lui expliquer qu’à mon sens Bartleby ne peut pas incarner la figure exemplaire de la puissance pure. C’est toujours l’aller simple vers la zone de non-droit, Indochine. Surtout chez les intellectuels. Ça décrédibilise de façon définitive et parfaitement globale, comme si plus rien de sensé ne pouvait être produit par un esprit touché par la grâce du hou hou. »

« La dernière fille avant la guerre », c’est aussi l’histoire d’une tentative de désintoxication. Parce qu’Indochine, c’est une passion, une souffrance et… une véritable drogue. Dont les doses se doivent d’être régulières sous peine de crises de manque violentes. « J’ai essayé d’arrêter une première fois à l’âge de quinze ans. J’en étais aux quatre premiers albums plus le concert par jour. » Une dépendance qui isole l’addict indochinois de ses semblables, pourrit la vie des couples… « J’ai modifié mes habitudes et mon réseau social, rompu avec mon petit ami quand il m’a conseillé de réduire. »

« La dernière fille avant la guerre », c’est le style de Chloé Delaume, ciselé, abrupt et envoûtant à la fois. C’est une surprise et un agréable moment de lecture dans lequel tout « fan »  – quel qu’il soit – pourra certainement se reconnaître.

Merci à Anne pour la publication de ce billet

Chloé DELAUME, « La dernière fille avant la guerre », Collection sessions, Editions Naïve, 2007

C’est quand tu veux, Nadège ! Je me permets de mettre le logo du challenge et un lien avec le site de l’auteur : ici

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