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Cent ans

Quatre générations de femmes se succèdent, s’appellent, se repoussent et se construisent dans ce livre à la couverture d’un bleu… magique.

La première, Sara Suzanne, est née exactement cent ans avant la narratrice, dont on devinera assez vite qu’il s’agit sans doute de l’auteur elle-même. Une de ses filles, Elida, est la deuxième héroïne, et Hjordis, la dernière fille d’Elida, mère d’Herbjorg, est la troisième génération.

Le roman est divisé en six cahiers, qui débutent tous par les souvenirs d’enfance, de jeunesse de la narratrice. Dès l’enfance, elle écrit pour échapper à son regard à lui, devenue adulte, elle écrira l’histoire de ses ascendantes, pour oser enfin jeter un regard en arrière sur ce qui l’a construite ; mais elle choisira ses mots, elle ne racontera que ce dont elle veut bien se souvenir, elle retracera un portrait très personnel de son arrière-grand-mère et de sa grand-mère.

Sara Suzanne a été mariée presque de force à un homme bègue, qui la voulait pour lui, et elle s’est surprise elle-même à trouver l’amour, le plaisir et la compréhension auprès de ce patron-pêcheur. Plus tard,quand le pasteur Jensen lui a demandé de poser pour un retable d’église, elle a pourtant découvert le pouvoir des mots et des idées souplement évoqués. Elle en gardera longtemps une mélancolie qu’elle croira nocive à ses enfants.

Elida, elle, a quitté sa famille pour se marier avec l’homme qu’elle avait choisi, Fredrik, mal vu des siens, parce qu’il était plutôt intellectuel. Les nombreux enfants du couple n’empêcheront pas Elida de se consacrer d’abord et avant tout à l’homme qu’elle aime et dont la santé décline.

Hjordis, la dernière fille d’Elida, sera la fille sacrifiée sur l’autel de l’amour d’Elida. On ne sait trop sur quoi elle construit sa vie, et les blessures de sa propre enfance deviendront sans doute à leur tour les brisures d’Herbjorg…

Même si je l’ai lu dans des circonstances particulières (fin d’année, début de vacances sans longues plages de lecture, légère fatigue), j’ai été profondément touchée par ces portraits de femmes, dont les histoires personnelles sont marquées par la nature sauvage et impressionnante de la Norvège, par l’histoire de ce pays, par la proximité de la mer et des fjords. Sara Suzanne et Elida, avec leurs nombreux enfants, ne se contentent pas de prendre la place qu’on leur a assignée, elles essayent tant bien que mal de trouver leur voie personnelle, individuelle. Elles n’ont évidemment aucune revendication féministe, et n’ont pas toujours les mots pour exprimer leurs sentiments forts, parfois contradictoires. Elles sont tiraillées entre leurs rêves et leur marmaille, qu’elles élèvent pourtant avec le plus de droiture possible. Elles ne reproduisent pas un modèle tout fait, puisque des ruptures se marquent d’une génération à l’autre, jusqu’à la naissance de la petite Herbjörg, à qui on donne tout à coup un nom « païen »…

Ces femmes fidèles à leur mari se laissent pourtant toucher par d’autres hommes : le pasteur Jensen, le nouveau médecin, le guérisseur Marcello Haugen… qui les feront entrer dans le monde des mots et les introduiront à d’autres sensations.

Comme d’habitude, j’ai apprécié la construction du livre, ces six cahiers qui nous renvoient d’une époque à l’autre, d’une femme à une femme… Une narration habilement menée jusqu’à la quatrième génération, un voile qui se lève petit à petit.

Quel bonheur de retrouver madame Wassmo, dans un récit à la fois authentique et apaisé…

Herbjörg WASSMO, Cent ans, Editions Gaia, 2011

Un livre en lecture commune avec L’or des chambres et Pascale, merci à elles d’accepter mon retard (vacances, vacances…) et lu aussi par Kathel, Keisha, Margotte et bien d ‘autres (citées chez les unes et les autres).

Et une participation de plus à trois challenges : Voisins voisines 2012