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Quatrième de couverture :

La mère, La Varienne, c’est l’idiote du village. La petite, c’est Luce. Quelque chose en elle s’est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d’amour. Invincible. L’école menace cette fusion. L’institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l’enfant à l’ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ?
L’art de l’épure, quintessence d’émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge.

Cela fait deux samedis soirs en suivant que je lis un récit assez court, un petit livre, pour lire vite et bien. Deux samedis que je referme le livre au bout d’une heure à peine, les larmes aux yeux et la gorge nouée. La semaine dernière, c’était Les trois lumières de Claire Keegan, cette semaine ce sont Les Demeurées de Jeanne Benameur qui sont venues me cueillir par surprise. C’est pour cela que je me suis « contentée » de reprendre la quatrième de couverture pour présenter le livre. Elle dit bien la sensibilité et les émotions qui naissent de la plume de Jeanne Benameur.

Amour maternel, amour inexprimé, parce qu’inexprimable, amour presque animal. Instinct de protection, instinct de survie. Douceur et obstination d’une institutrice qui ne peut comprendre qu’un enfant refuse d’apprendre et qui se laisse rouler jusqu’aux bords de la folie pour percer le secret des demeurées.

Il y a bien une ressemblance entre ces deux livres de samedi soir : c’est que les personnages sont des lumières les uns pour les autres, qu’ils s’éclairent et se laissent éclairer les uns les autres. (D’ailleurs la petite fille ici s’appelle Luce…) Des personnages qui se révèlent, qui sortent de leur gangue, qui entrent dans un autre monde.

Et ce sont deux livres portés par une écriture poétique, toute en non-dits, en ombres et lumières. Jeanne Benameur avait su me séduire avec Les insurrections singulières. Elle m’a conquise avec ces Demeurées. Je ne sais pas en dire beaucoup plus, sauf : lisez-le !

« Cette nuit-là l’obscurité les gagne. Il y a dans le monde des amours qui ne reflètent rien, des amours opaques. Jamais l’abandon ne trouverait de mot pour guider leur coeur. Derrière leurs paupières closes, leurs yeux sont grands ouverts, ne cherchent rien. Ni route ni chemin ne parviennent jusqu’à elles. Elles sont égarées dans le présent du grand lit, immobiles. Aucune image, aucune pensée ne les mène jusqu’à demain. Tout entières présentes, comme tombées de si haut que leur poids s’est multiplié jusqu’au vertige. Trop lourdes pour la vie. Abruties, demeurées dans la nuit. » (p.25)

« Ce chant-là est celui qui l’a portée au monde la première fois.

Ce chant-là, elle ne le sait pas, est celui que l’homme, M., a entendu, une fois, une seule, un chant qui l’a tiré de son ivresse, à la fin d’une beuverie, sur une route déserte, couché contre cette grande femme, un chant qui lui a faitbalbutier qu’il ne savait pas ce qu’il faisait, qu’il était trop saoul, qu’il s’excusait. Un chant qui l’a fait quitter le village parce qu’il ne pouvait pas l’oublier. Un chant qui fait vibrer à l’intérieur de soi et sur la peau une vie sauvage et si profondément humaine que personne ne l’ignore, que personne ne le chante. » (p. 44-45)

Jeanne BENAMEUR, Les Demeurées, Denoël, 2000 (et Folio)

L’avis d’Antigone et celui de Clara

Avis à venir sur Les reliques, que j’ai emprunté à la bibliothèque !

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