Lettre à mon ravisseur, Lucy Christopher

Présentation de l’éditeur :

Ça s’est passé comme ça. J’ai été volée dans un aéroport. Enlevée à tout ce que je connaissais, tout ce qui était ma vie. Parachutée dans le sable et la chaleur. Tu me voulais pour longtemps. Et tu voulais que je t’aime. Ceci est mon histoire. Une histoire de survie. Une lettre de nulle part.

Un thriller psychologique qu’on ne peut ni arrêter, ni oublier.

Je suis particulièrement heureuse d’avoir terminé ce mois d’août avec une lecture aussi prenante que cette Lettre à mon ravisseur. C’est le premier livre de la catégorie « Deux baskets » que je lis dans le cadre du Prix Farniente 2012 et j’espère qu’il plaira aux jeunes lecteurs. Je le recommande vivement aux lecteurs adultes qui, je pense, seront eux aussi séduits par l’histoire de Gemma. (Il faut que je l’avoue, l’an dernier, ma première lecture Farniente était aussi un coup de coeur, et La princesse et l’assassin a remporté le prix !)

Une fille qui s’éloigne de ses parents avec qui elle vient de se disputer, de la drogue versée subrepticement dans le café offert par un inconnu aux yeux envoûtants et voilà Gemma, 16 ans, enlevée, disparue. Elle se réveille dans le bush australien, perdue au milieu de nulle part. Elle nous raconte cette histoire dure, ou plutôt, tout au long du roman, elle s’adresse directement à son ravisseur, Ty, un jeune homme au passé troublé.

Gemma oscille d’abord entre révolte et dépression, elle tente même de s’enfuir et finit par essayer de comprendre pourquoi elle en particulier a été enlevée. Le syndrome de Stockholm n’est pas loin…

A propos de l’auteur, il nous est expliqué que « Lucy Christopher est née au pays de Galles, mais a vécu en Australie de l’âge de neuf ans jusqu’à la fin de ses études universitaires. Enfant, elle adorait camper dans le Bush et a toujours été fascinée par cete terre sauvage. Après plusieurs tentatives pour devenir actrice, serveuse ou encore guide touristique, elle revient au Royaume-Uni pour passer un Master de création littéraire à l’université de Bath Spa. Elle écrit alors son premier roman publié en Angleterre et aux Etats-Unis sous le titre Fly away. Elle vit aujourd’hui en Angleterre. Lettre à mon ravisseur est son deuxième roman. »

Je n’ai pas l’habitude de présenter la biographie des auteurs, mais celle-ci éclaire un bel aspect du roman : la vie dans ce désert brûlant, le Bush, la culture aborigène auxquels Ty est profondément attaché et qu’il aimerait faire partager à Gemma. Mais la jeune fille, « normale, équilibrée », ne se laisse jamais séduire aveuglément par son ravisseur.

Au début, l’histoire comporte peut-être quelques longueurs, ou plutôt j’étais en apnée, en plein malaise à l’idée de tout ce que cette fille est en train de subir, comment ce type semble un vrai tordu. Mais ensuite je me suis laissée happer, je l’ai lu d’une traite et j’ai partagé la peur, l’angoisse, le désespoir, la violence de Gem, je me suis laissé impressionner durablement par le désert. Le ravisseur finit par devenir presque touchant, et le moins que l’on puisse dire est que l’on s’attache à ces deux personnages.

J’ai refermé ce livre la gorge nouée. A vous de le lire pour voir !

« Au moment où tu m’as déposée sur le canapé de la galerie, j’ai remarqué que tu avais les yeux rouges et fatigués, soulignés de grands cernes sombres. Mais l’aube qui se levait faisait briller ta peau, comme tout d’ailleurs ce fameux matin. La lumière filtrait à travers le paysage et faisait étinceler le sable comme du sucre pétillant.

Pas moi, en revanche. J’avais plutôt l’impression de m’effacer, comme si le monde m’avait déjà oubliée. En regardant le sable miroiter, je me suis demandé si ma disparition faisait l’actualité. Intéressait-elle encore quelqu’un ? Je savais que les journaux laissaient tomber ce genre d’histoire lorsqu’aucun élément nouveau ne survenait. Or, pas le moindre changement en ce qui me concernait, si ce n’était le sens du vent. » (p. 233)

« – Quand la pluie tombe sur ce pays, elle se mélange au sable et teint les rivières en rouge. Le lit de certaines d’entre elles, sec depuis des mois, charrie de nouveau des flots rouge sang qui dessinent des veines dans le sable, dessinent la vie. C’est comme si le pays renaissait et insufflait un nouveau souffle à toute chose. » (Ty, p. 297)

« Depuis le ciel, le désert offrait toute une variété de couleurs, une myriade de bruns, de rouges et d’oranges ; lit blanc des rivières et marais salants asséchés ; ondulations de serpent d’un fleuve aux eaux sombres ; noirceur calcinée ; tourbillons, cercles, lignes et textures ; microscopiques points des arbres ; taches obscures des rochers. Le tout révélant un motif sans fin. » (p. 322)

Lucy CHRISTOPHER, Lettre à mon ravisseur, Scripto Gallimard, 2010

L’avis de Hérisson qui a eu comme moi un coup de coeur pour ce livre

Un livre du prix Farniente, une nouvelle étape anglaise pour Voisins voisines et God save the livre . Mon neuvième titre pour le challenge jeunesse de Whoopsy Daisy !