Voici un nouveau livre lu par Nadège dans le cadre du challenge Des notes et des mots. N’hésitez pas à lui adresser vos commentaires !

La Ballade du café triste et autres nouvelles

Des semaines que je me réjouissais de cette soirée du vendredi 2 décembre… Las ! il m’a fallu déchanter et troquer les contes du café de la rue contre la ballade du café triste. Merci les grévistes… Je ne lancerai pas de polémique sur le bien-fondé de cette manifestation, mes idées importent d’ailleurs peu parce que, quelles qu’elles soient, j’avais envie de ce petit bonheur égoïste que j’attendais avec impatience. Et, comme l’a écrit, dans son dernier recueil de nouvelles, un auteur que j’affectionne particulièrement : Il faut être con pour ne pas être égoïste. (Raisonnablement bien sûr !)

Je me suis donc plongée dans La ballade du café triste de Carson McCullers. Un titre qui tombait à pic – non que je sois déprimée, loin de là –, mais il s’accordait parfaitement avec une soirée pluvieuse et grise. Non seulement, le titre est superbe de mélancolie, mais la photo de couverture – une image en noir et blanc représentant une femme au regard vide, une enfant, et un vieil homme au violon – est également très belle.

Sept nouvelles mêlant, si j’en crois la préface de Jacques Tournier et la quatrième de couverture, des thèmes chers à l’auteure (tant dans sa littérature que dans sa biographie) : l’amour non partagé, la solitude, la difficulté à communiquer… Des thèmes universels, s’il en est.

Le recueil s’ouvre sur la nouvelle éponyme et la naissance du café de Miss Amélia. Celui-ci m’a fait penser au reflet inversé du Whistle Stop Café de Ruth et Idgie dans Beignets de tomates vertes. Miss Amélia distille un alcool qu’elle distribue en cachette, prépare des remèdes et des mixtures qu’elle dispense gracieusement, mais ne manque pas de réclamer des comptes et de se servir elle-même si on ne la rembourse pas. Miss Amélia a du caractère et nul n’oserait s’y opposer. Jusqu’à l’arrivée du cousin Lymon, petit bonhomme bossu qui se présente un soir comme un lointain parent de Miss Amélia. Alors que tout le village pense que celle-ci a assassiné son étrange visiteur, celui-ci s’installe chez sa supposée cousine, prend possession des lieux et la convainc d’ouvrir un café, qui deviendra le lieu de rassemblement du village. Jusqu’au jour où le passé d’Amélia fait son retour au village…

Suit une série de petits récits : Wunderkind décrit le désespoir de Frances, proclamée enfant prodige, mais qui, à l’adolescence, ne parvient plus à insuffler la moindre émotion dans son jeu au piano – alors que Heime, son ancien ami violoniste, est acclamé ; Le Jockey présente un jockey sombrant dans la folie suite à la blessure d’un de ses amis, qui ne pourra certainement plus jamais monter un cheval ; Madame Zilensky et le roi de Finlande montre la vie pathétique d’une malheureuse maître de musique enfermée dans ses mensonges ; Celui qui passe m’a rappelé Quatuor de Vikram Seth à travers les retrouvailles de deux anciens amants (ex-époux en l’occurrence) et le sentiment d’intrusion d’un homme dans la nouvelle vie de celle qu’il a aimée, remariée et mère d’un petit garçon ; Un problème familial expose le tragique d’une famille dont Emily, la mère, a sombré dans l’alcool ; enfin, Une pierre, un arbre, un nuage clôt le recueil sur le quasi-monologue d’un homme tentant de transmettre à un jeune garçon de douze ans ce qu’il appris trop vieux : la science de l’amour.

Carson McCULLERS, La ballade du café triste, LGF/Livre de poche, 2000