Présentation de l’éditeur :

Deux soeurs se retrouvent une fin d’été en Haute-Saône afin de vider la maison de leurs grands-parents décédés. Catherine, la benjamine, s’est tenue loin de ce village. Pourtant, chaque coin de rue ou visage croisé fait surgir en elle des souvenirs précis et douloureux…. Sa soeur aînée a fondé une famille, elle, non. Devenue libraire, c’est une femme solitaire.

A l’adolescence déjà elle passait ses heures dans les livres. Mais pour ce qu’elle a vécu, ici, l’été de ses size ans, l’été de sa lecture du Grand Meaulnes, « il n’y a pas eu de mots. Il n’y en a jamais eu, ni avant, ni après. C’est quelque chose qui ne ressemble à rien d’écrit. » Quinze années ont passé, et personne n’a jamais su quel secret la tenaillait depuis tout ce temps, le drame dont elle a peut-être été coupable.

De nouveau une découverte, ou presque, en cette rentrée littéraire 2011 : le premier roman « adulte » d’Anne Percin que je lis (après avoir fait connaissance avec elle dans Comment (bien) rater ses vacances, que j’avais beaucoup aimé).

Comment parler de ce livre ? J’ai beau l’avoir terminé depuis deux jours, il me semble impossible de prendre distance avec les émotions pour construire un billet ! Ou bien, seul le silence (si je puis me permettre cet emprunt à Ellory) pourrait faire écho à cette histoire adolescente, à cette blessure. Pourtant, en lisant, je ne me suis pas privée de faire tourner en boucle les chansons de Niagara (entre autres) qui bercent ce premier été.

En fait, j’ai eu l’impression dès le début d’être écrasée de soleil, d’étouffer dans le grenier de la maison où se réfugie souvent Catherine, je pouvais presque sentir sur ma peau les griffures des herbes sèches dans les prairies autour du village. Tant Anne Percin a l’art d’installer une tension, une appréhension face au drame que l’on sent arriver. Tant son écriture est pleine de sensualité.

Ces personnages d’adolescents, d’adolescentes sont finement tracés : les minauderies des filles, les premières amours, les garçons fortiches, la colo, le bal du village, les chansons des années 80, tout y est. On dirait que la romancière n’a rien oublié des jeux et des jalousies, des rivalités et des exaltations de la jeunesse. Car la chaleur de l’été ne signifie pas calme plat. L’orage n’est pas loin, et la violence est extrêmement présente dans ce récit.

Si ce retour romanesque aux années 80 peut nous emplir de nostalgie, la jeune Catherine est elle-même transportée en arrière avec Le grand Meaulnes dont elle découvre l’histoire fantasque et fiévreuse, tandis qu’elle-même éprouve les premiers émois corporels. J’ai apprécié l’intelligence et la maîtrise de cette « mise en abyme ». J’aurais presque envie de relire le roman d’Alain-Fournier, que j’ai dû lire à l’école, c’est un souvenir de lecture encore assez précis, notamment dans les sensations.

Ma difficulté de faire un billet assez cohérent à mon goût vient aussi du fait quë la narratrice, même si elle confie à sa soeur le poids du passé, est enfermée dans le silence et le remords : le silence qu’elle a gardé, le silence dans lequel personne, apparemment, n’a tenté de la comprendre.

Un roman très fin sur le secret, le silence et la solitude.

Résolution 2012 : faire une grande place à Anne Percin dans mon programme de lecture !

« Je les ai tous aimés, un par un. Je les ai tous nourris, quand je venais, des restes de viande chipés à table, de bols de lait qui devaient leur flanquer des coliques mémorables. Je les ai caressés, dorlotés. J’ai confectionné des paniers, des cachettes, des jouets à base de bouchons de liège ou de plumes de poules. J’ai créé des dépendances, des attentes. J’ai déçu. J’ai fait des promesses non tenues, dont j’ai conçu des remords, l’hiver venu, une fois revenue en ville. J’ai pleuré sur le sort de chatons que j’avais habitués à la tendresse, au confort.

J’ai fait des dégâts considérables.

On avait pourtant tenté de m’apprendre qu’il était plus sage et plus responsable de résister à la tendresse. Mais c’est une leçon difficile pour un enfant. » (p. 22-23)

Anne PERCIN, Le premier été, Le Rouergue, 2011

C’était une lecture commune avec Constance

Les avis de Clara, Griotte, Brize, Aifelle, Voyelle et Consonne, Argali

Le site de l’auteur

Un livre de la rentrée littéraire et ma première participation au challenge de Nadael