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Quatrième de couverture :

Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps d’une fillette assassinée. Une des premières victimes d’une longue série de crimes.
Des années plus tard, alors que l’affaire semble enfin élucidée, Joseph s’installe à New York. Mais, de nouveau, les meurtres d’enfants se multiplient…
Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante.

Avec ce récit crépusculaire à la noirceur absolue, R. J. Ellory évoque autant William Styron que Truman Capote, par la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu’il met en jeu.

Depuis le temps que j’entends parler de cet auteur sur les blogs, voilà ça y est, j’ai lu le premier de ses livres traduit en français. Il est classé en thriller, mais c’est plutôt un roman noir, dont la quatrième de couverture en dit à la fois trop et trop peu…et je trouve que le titre anglais est bien davantage adapté que le français, qui certes fait référence à une phrase du livre, mais l’original, A quiet belief in angels, y est davantage présent. Bon, cela dit, ce sont des remarques assez minimes au regard du roman. Je sens que je vasi avoir du mal à en parler, vous voilà prévenus !

J’ai eu un tout petit peu de mal au début, il me faut l’avouer, je me demandais où l’esprit mystique de Joseph allait nous conduire. Et tout à coup me voilà prise à la gorge par l’atmosphère glauque de cette ville du fin fond de la Géorgie, dépassée par une histoire bien trop grande pour elle, un petit monde fermé du Sud des Etats-Unis de 1939 aux années 1960, où règnent selon les mots de Joseph Vaughan lui-même « l’étroitesse d’esprit, l’amertume et le ressentiment ».

C’est absolument épatant de la part de R.J. Ellory d’avoir mis en parallèle l’engagement progressif de l’Amérique dans la deuxième guerre mondiale et les événements d’Augusta Falls et environs, les meurtres sauvages de petites filles, les enquêtes qui tournent en rond et n’aboutissent à rien, sauf à exciter le racisme et la peur, une peur qui suinte de la terre, des champs, une peur qui prend aux tripes les gamins de la ville, les Anges gardiens conduits par Joseph.

Vraiment, cette construction du roman est géniale : une histoire individuelle qui mêle passé et présent, liée à l’histoire d’une petite ville qui ne demande qu’à retrouver sa tranquillité, tandis qu’au-delà s’étend « un autre monde », à la fois si proche et si lointain, avec New York et Brooklyn comme horizon…

J’ai aussi trouvé le roman d’une actualité brûlante : tous les défauts de l’Amérique actuelle, son puritanisme, son côté « donneuse de leçons » existent depuis longtemps, ils sont bien présents dès avant la guerre, sans compter le racisme toujours prêt à ressortir le bout du nez.

N’oublions pas le personnage de Joseph : nous sommes constamment dans l’intimité de ce garçon mystique, marqué à jamais par les blessures de son enfance, orphelin de père à douze ans, hanté par les voix d’enfants de ces petites filles auxquelles on a volé leur innocence, et qui va vivre des événements tous plus dramatiques les uns que les autres (c’est vraiment beaucoup pour un seul homme). C’est finalement toujours l’enfance qui sera le moteur de sa quête, la ressource dans laquelle il pourra toujours puiser un peu de force pour continuer sa route.

Le livre est aussi un bel hommage à l’écriture, à ce don que Joseph porte en lui et que des femmes vont l’aider à développer. D’ailleurs, l’écriture d’Ellory est somptueuse, même la traduction fait ressentir sa force, sa sensualité, l’ampleur de ses images, il n’a pas son pareil pour dire les obsessions, les angoisses.

Enfin, il faut le dire (et c’est bien la preuve que ce n’est pas un roman policier classique, car d’habitude ça ne m’arrive jamais ou presque), j’avais deviné depuis longtemps l’identité du meurtrier. Cependant R.J. Ellory entretient tellement bien le suspense (quand même !) que j’ai douté plusieurs fois, jusqu’aux dernières pages. Mais j’avais raison ! Et je suis assez frustrée que l’auteur ne nous livre pas ses mobiles, son histoire personnelle qui expliquerait ces crimes.

Voilà donc, malgré les apparences, un excellent romancier britannique (et non américain) dont je lirai sûrement d’autres titres !! Et il parait plus qu’urgent de découvrir Truman Capote…

A écouter en lisant : sans grande originalité, le Concerto à la mémoire d’un ange d’Alban Berg, ou les Kindertotenlieder de Gustav Mahler.

L’avis (entre autres !) de Mimipinson, de Mango, de L’encreuse, de Manu et de Keisha, qui donne beaucoup d’autres liens

R.J. ELLORY, Seul le silence, Editions Sonatine, 2008 et au Livre de poche

Un roman britannique pour recommencer le challenge d’Antoni, un livre européen donc, et une incursion en Géorgie pour le challenge de Sofynet

50 états

Et c’est aussi un titre du challenge Partage Lecture !