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Quatrième de couverture (en partie…) :

Dans un petit village sarde, la vieille couturière, Tzia Bonaria, accueille chez elle Maria, « cédée » bien volontiers par une veuve d’humbles origines. Elle offrira à sa « fille d’âme » son métier et des études, choix audacieux pour une femme dans cette Sardaigne des années cinquante.

Maria grandit entourée de soins et de tendresse; mais certains aspects de la vie de Tzia Bonaria la troublent, en particulier ses mystérieuses absences nocturnes…

Je n’ai pas vu beaucoup de billets sur ce livre d’une jeune auteur italienne, ou plutôt sarde : Michela Murgia, présente à la toute récente Foire du livre de Bruxelles, a expliqué vouloir écrire un livre sur la Sardaigne, sur la communauté que constitue un village, et surtout sur ce rôle de l’accabadora (mot que l’on peut traduire par « endormeuse »). Dans son roman, il est question de naissance et de mort, de mise au monde et d’accomplissement de soi.

Sur une terre rude, indépendante et fière, les habitants de Soreni s’observent, s’épient, s’entraident ou se spolient. Les hommes entretiennet leur code d’honneur tandis que les femmes veillent sur la vie. Dans cette communauté qui croit en secret aux esprits, mais qui respecte aussi le prêtre, Tzia Bonaria a remarqué la petite Maria, la petite dernière, la petite « en trop » et elle l’adopte. Maria devient sa « fill’ e anima ». Se tisse alors une relation marquée par le respect, l’attention et le secret. (Impossible de ne pas penser à Claire Keegan et  Les trois lumières.)

Ne croyez pas un seul instant que je vais vous révéler ce secret (c’est d’ailleurs très difficile de parler de ce livre sans le déflorer). Si vous ouvrez ce livre, vous vous laisserez sans doute prendre aux charmes âpres des habitants de Soreni, vous serez entraînés dans l’intimité de Bonaria et Maria, vous serez conquis par le talent en apparence simple de Michela Murgia qui mène ses personnages de bout en bout dans une construction subtile, pleine de finesse. Elle réussit à nous parler de sujets graves, de questions complexes en nous faisant goûter la chaleur du soleil, la douceur des raisins, l’effervescence d’une fête de mariage en Sardaigne.

« S’il est vrai que la terre parle de ceux qui la possèdent, les collines qui entouraient Soreni tenaient un discours compliqué. Les petits lopins irréguliers décrivaient des familles trop nombreuses et querelleuses, qui avaient éclaté en une myriade de délimitations, murets en basalte noir que la haine soutenait. » (p. 44)

« Le commandant des carabiniers, calabrais d’origine sicilienne, n’y avait pas cru un seul instant, mais il possédait assez d’expérience pour savoir que l’existence de huit témoins confirmant la dynamique de l’accident de chasse ne lui permettait pas d’ergoter. Il y a des lieux où la vérité et l’opinion de la majorité constituent deux concepts superposables,et, dans cette mystérieuse géographie du consensus, Soreni occupait le rang de petite capitale morale. » (p. 84)

A écouter en lisant : un air de guitare napolitaine me trotterait bien dans la tête, mais la Sardaigne n’est pas Napoli…

Merci à Martine et Bénédicte, de chez Tirloy, pour conseiller des livres aussi chaleureux et indispensables à notre imaginaire !

Leiloona l’a beaucoup aimé aussi.

Michela MURGIA, Accabadora (traduit de l’italien par Nathalei Bauer), Editions du Seuil, 2011

Un 17e titre de la Rentrée littéraire et une étape en Italie (ou plutôt en Sardaigne…)