Le Syndrome de glissement

Madame Julienne, 85 ans, a décidé de « se placer » comme on dit, en maison de retraite. Elle a étudié soigneusement les possibilités et a choisi « Les Mouettes », en croyant avoir trouvé un lieu de vie digne. Elle découvre le quotidien des résidents, marqué par l’infantilisme, une certaine privation de liberté et à tout le moins, une certaine forme de négligence, d’abandon de la part du personnel soignant, sans compter celle des proches. Cette négligence va aller pour Julienne jusqu’au harcèlement moral quand elle sera considérée comme la chef de file d’un mouvement de révolte des résidents des Mouettes.

En fait de révolte, c’est « simplement » le fait d’inciter ces personnes âgées à dire ce qui ne va pas dans la maison de retraite, à se réunir pour en parler, et pour Julienne, le fait de tenir un journal pour garder la trace des faits, et aussi pour ne pas perdre la mémoire, pour se maintenir en vie et en forme.

C’est ainsi qu’elle raconte son enfance, sa jeunesse et sa vie de jeune adulte auprès de Jeanne, sa mère, qui ne l’a jamais vraiment acceptée, et surtout d’Adélaïde, sa grand-mère au caractère bien trempé, qui a toujours soutenu Julienne (Julie pour les intimes). Ce récit lui permet de ne pas sombrer, du moins au début…

Pourquoi avoir choisi ce titre, offert en partenariat avec les éditions Arléa et Newsbook ? C’est le titre qui m’a attirée, parce que le sujet m’intéresse et me touche de près (désolée pour ceux qui trouvent que je lis des choses tristes et lourdes…) Mais il faut reconnaître que ce n’est pas un titre très vendeur…

J’ai des sentiments ambivalents vis-à-vis de ce premier roman : je pense qu’il n’est pas loin de la réalité parfois un peu sordide de certaines maisons de retraites, même si Elisabeth Laureau-Daull semble pousser le bouchon un peu loin en nous présentant des personnages assez caricaturaux, comme le directeur ou Madeleine, une aide-soignante, qui sont un concentré de bêtise et de méchanceté à eux deux, ou Christine, la jeune femme médecin qui manque légèrement de psychologie…. Le syndrome de glissement auquel Julienne finira par succomber est une réalité que la romancière connaît sans doute bien. Et je reconnais que, sans doute, je suis épouvantée à l’idée que peut-être un jour, je devrai subir le genre de contraintes et de contention que subissent les résidents de ce home. Réalisme du propos et miroir de mes peurs : voilà l’ambivalence. (Ca m’a même un peu plombé le moral…)

Cela dit, j’ai trouvé le récit de la vie aux Mouettes parfois répétitif, il aurait pu être un peu resserré. Pour ce qui est du récit de la jeunesse de Julienne, toujours écrit en alternance avec les épisodes du home, il m’a semblé que cette héroïne collectionne les malheurs. Enfant pas désirée, mal aimée par sa mère, couvée et régentée par sa grand-mère Adélaïde, malheureuse en amour, malmenée par l’exode de 1940, et j’en passe : cette accumulation a fini par me lasser un peu et faire perdre de sa crédibilité au roman. Soulignons quand même au passage le clin d’oeil (pas toujours flatteur) à Colette, mise en scène comme une amie d’enfance d’Adélaïde.

Un avis un peu mitigé donc pour ce premier roman.

« J’ai débarrassé ma table de ce qui l’encombrait,  journaux, papiers, tricot, et j’ai ressorti mon ordinateur du placard où je l’avais enfoui. C’est décidé : le journal que j’ai remis sur le métier sera aussi la chronique d’ici. Celle de la maison des ombres, celle d’un monde à côté, celle du monde dernier…, ce ne sont pas les métaphores qui me manqueront pour dire ce que Les Mouettes sont. » (p. 38)

Je remercie les éditions Arléa (un joli signet accompagnait le livre) et Newsbook pour ce partenariat !

Elisabeth LAUREAU-DAULL, Le syndrome de glissement, Arléa, 2012

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