Étiquettes

Tout est dans la tête

Quatrième de couverture :

Témoin de toutes les névroses, confident des secrets les plus inavouables, rempart contre la folie : un psy est-il à l’abri de la dépression ?
Le professeur Sturrock, un psychiatre londonien renommé, n’arrive plus à aider ses patients. Chaque semaine, l’heure qu’il passe avec chacun d’eux réveille en lui des démons qu’il parvient de plus en plus difficilement à maîtriser…

Mon Dieu, que j’ai aimé ce livre et pourtant j’ai l’impression qu’il ne faut pas trop en dire pour laisser intact le plaisir de lire ce premier roman ! Merci, Manu, de me l’avoir conseillé et d’avoir proposé une lecture commune !

David Temple, Emily Parks, Matthew Noble, Hafsatu Sesay, Arta Mehmeti, Ralph Hall… autant de Londoniens, plus ou moins connus, plus ou moins obscurs, qui ne se connaissent pas mais qui ont un point commun : ils fréquentent tous le cabinet du professeur Sturrock, célèbre psychiatre qui se donne entièrement à ses patients. L’un souffre de dépression profonde, l’autre ne parvient pas à se reconstruire après de graves brûlures, un troisième est qualifié de dépendant sexuel par sa femme, deux autres ont subi des viols et le dernier est un personnage public dépendant de l’alcool. Tous viennent raconter leur parcours à Martin Sturrock, ils lui font confiance, ils écoutent ses suggestions, tentent de mettre en oeuvre les stratégies qu’il propose pour faire reculer l’ombre et le malheur, ils réfléchissent aux « devoirs » qu’il leur demande de faire. Et même s’ils sortent de son bureau épuisés ou en colère, ils ne baissent pas les bras, ils tentent toujours de progresser parce que le professeur est plus qu’une référence solide pour eux.

Ce qu’ils ignorent, c’est que Martin Sturrock est lui-même au bord du gouffre. Et, bien sûr, s’il est déjà difficile pour le commun des mortels d’admettre que l’on doit se faire aider, c’est encore plus difficile pour un psychiatre.

En quatre jours, du vendredi au lundi, l’intrigue se noue, depuis l’annonce du décès d’une tante de Martin, jusqu’à… la fin ! (lisez-le, c’est poignant) J’ai apprécié cette construction en quatre jours, cette multiplication des points de vue associée à des variations de rythme efficaces : si le roman est à la troisième personne, chaque chapitre est centré sur un patient et bien sûr le médecin ; le vendredi, première journée, où l’on suit les consultations, l’auteur prend le temps de dresser le portrait de chacun, de raconter son histoire, le vécu du traitement, les ouvertures que propose Sturrock. Le week-end, les choses évoluent plus rapidement, les chapitres sont plus courts.

Cette forme de narration rend les personnages particulièrement crédibles : aucun manichéisme, aucune image lapidaire de la dépression ici. J’ai trouvé l’approche par la parole, le dialogue, l’écrit, très intéressante : bien sûr, la dépression a à voir avec la baisse d’une hormone dans le cerveau, je crois, et les médicaments sont nécessaires parfois, mais dans une époque où on croit pouvoir tout soigner avec des pilules, cet aspect essntiel du soin est bien mis en lumière. L’auteur, ancien chargé de communication de Tony Blair, est lui-même un dépressif qui se soigne et sait de quoi il parle (l’histoire de Ralph Hall est particulièrement brillante et réaliste de ce point de vue !). Il nous fait entrer au coeur du lien entre le malade et son thérapeute, et cette relation est d’autant plus passionnante que tout ce que le professeur Sturrock décèle ou conseille à ses patients, tout ce qui leur permet d’avancer, il en souffre lui-même et il est (ou se sent) incapable de l’appliquer à lui dans sa vie d’homme, de mari, de père. Son ambivalence le rend très touchant, extrêmement proche de nous, c’est du moins ce que j’ai ressenti.

Ne croyez pas que l’on sort de ce roman avec un coeur de plomb : au contraire, il a un tel accent de sincérité qu’il m’a amenée à me poser plein de questions, à reconsidérer mon point de vue sur la dépression, c’est un bon roman bien ficelé et la petite touche d’humour british n’est pas pour me déplaire.

Un premier roman maîtrisé et revigorant !

Allons lire l’avis de Manu !

Alastair Campbell, Tout est dans la tête, traduit de l’anglais par Esther Ménéris, Albin Michel, 2009

L’avis de Ys

Un premier roman anglais (donc européen), dont le titre contient un mot « Partie du corps » et qui se passe à Londres !!

laurier-couronne-fdb39