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Nord et Sud

Quatrième de couverture :

Dans l’Angleterre victorienne du milieu du 19e siècle, la jeune et belle Margaret Hale mène une vie confortable auprès de ses parents, dans la paisible et conservatrice région de la Cornouailles. Son père, ministre paroissial, décide un jour de renoncer à l’Eglise et part vivre avec sa famille dans le Nord de l’Angleterre. Margaret se retrouve alors plongée dans le monde industriel, ses duretés et sa brutalité. Au contact des ouvriers, la conscience sociale de la jeune fille va s’éveiller et la transformer radicalement.

Chère Madame Gaskell,

Je voudrais tout simplement vous remercier d’avoir existé et d’avoir créé cet univers fort et grand de Nord et Sud. Certes, vous aviez sans aucun doute l’expérience d’une fille de pasteur et la connaissance des différences subtiles entre sensibilités religieuses en Angleterre au XIXe siècle. Vous avez vous-même vécu de l’intérieur l’existence apparemment douce dans le Sud et la vie laborieuse, industrieuse dans le Nord de l’Angleterre. Vous avez assisté à l’explosion créative de la révolution industrielle et dans le même temps à la naissance des syndicats, à la lutte acharnée des ouvriers contre les patrons, vous vous êtes intéressée aux conditions de vie et de travail de ces ouvriers. En tant que femme, vous avez sans doute été tenue éloignée de cet univers dit  « masculin », au titre qu’une femme ne pouvait développer une opinion personnelle ou une initiative autre que celles de la charité traditionnelle.

Toutes ces thématiques prouvent que vous étiez une femme moderne, ouverte d’esprit, courageuse : car ces combats socio-économiques, cette influence de la finance sur l’économie qui se fait déjà sentir, cette tentation du profit au détriment de l’humain qui motive certains patrons n’appartiennent plus au XIXe siècle : ils sont tristement, encore et toujours, à l’oeuvre aujourd’hui. Et ces thèmes passionnants, vous les glissez dans un roman somptueux, au coeur d’une histoire d’amour forte et romantique à souhait entre des personnages charismatiques. Il me semble que la belle Margaret Hale et le sombre John Thornton sont désormais pour moi des amis à l’existence bien réelle. Comme cela fait du bien d’assister à l’attirance – répulsion entre ces deux personnalités que tout oppose au début, et qui finiront bien sûr par se rencontrer, après bien des épreuves, dans un amour profond et durable. Dans un monde où tout va vite, où certaines amours semblent si rapides et si brèves, comme il est bon d’accompagner ces deux êtres dans la naissance d’une passion à la fois blessante et brûlante, pleine d’incompréhensions et de doutes.Comme il est bon de prendre son temps, de goûter l’analyse psychologique si fine et si élevée moralement, de partager les affres de John Thornton, les atermoiements de Margaret, la piété filiale de l’une et de l’autre.

Cette histoire d’amour, vous l’avez déployée dans un décor rude, celui de Milton Northern, ville en pleine expansion, où les floches de coton se mêlent à la fumée des usines et à l’odeur de l’argent, brassé en masse par les industriels de la région. Votre art de romancière affirmée vous a aussi fait créer des personnages secondaires d’une grande richesse : de la majestueuse Mrs Thornton à Edith, la cousine enfant gâtée de MArgaret,en passant par la fidèle et fière Dixon, des parents désorientés de Margaret au délicieux Mr Bell, jusqu’à Nicholas Higgins, l’ouvrier dont la grande gueule n’a d’égale que la sensibilité et l’ouverture d’esprit.

Tous ces personnages interagissent, se font grandir et font évoluer l’histoire jusqu’à la frémissante et délicieuse scène finale… Un roman somptueux, je me répète.

Merci, Madame Gaskell, de m’avoir fait découvrir votre univers… Je suis ferrée et ai déjà acquis Cranford pour en découvrir une autre facette.

Après ma lecture, j’ai revu la mini-série de la BBC dont j’ai déjà parlé ici. Je l’aime toujours autant, et je suis très contente d’avoir vu la série avant de lire le roman, car je ne suis pas sûre que je l’aurais autant appréciée si j’avais fait l’ordre inverse… La série développe et met en avant certains passages somme toute très courts du roman, en invente l’un ou l’autre, ce qui est bien normal puisque le langage télévisuel n’est pas le même que celui du roman, et que le parti-pris de filmer de manière contemporaine se justifie pleinement. Et bien sûr, John Thornton et Margaret Hale sont interprétés par deux acteurs parfaits (aaah Richard Armitage, oooh Daniela Denby-Ashe) sans oublier les rôles secondaires tous très bien adaptés (mention spéciale à Sinead Cusack dans le rôle de Mrs Thornton et Brendan Coyle dans le rôle de Nicholas Higgins, attachant et crédibe alors que je l’ai ressenti très différent dans le roman). Mais j’ai vraiment apprécié cette lecture qui se déploie, qui prend son temps sans nous ennuyer une minute… mais je ne vais pas répéter tout ce que j’ai déjà noté plus haut.

L’article de Wikipedia explique bien la genèse de la série et les choix de mise en scène.

Elizabeth GASKELL, Nord et Sud, Editions Points, 2010

L’avis de Jeneen (entre autres !)

Ce roman anglais me permet de continuer le Challenge victorien chez Aymeline. Et c’est mon premier pavé de l’été (chez Brize).