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Quatrième de couverture :

« Jardiner, c’est penser avec un sécateur, des semelles gadouilleuses, un mal de dos et des engelures aux doigts. Ou un coup de soleil sur le nez. Oui, jardiner, c’est penser, mais penser par avance, imaginer, anticiper ce qui va sortir de terre – et dans quel désordre ou quelle harmonie innés ça va surgir. Et c’est avant tout faire confiance à la terre. En écrivant ce livre, je me suis aperçu qu’il n’y avait pas d’école de vie plus sûre ni plus charmante qu’un jardin, que ce soit le paradisiaque et génial Jardin Blanc conçu par Vita Sackville-West dans son domaine de Sissinghurst ou le très modeste recoin qu’on m’avait alloué dans le potager familial. » (Didier Decoin)

C’est la visite des jardins de Vita Sackville-West qui m’a poussée à ouvrir ce livre que j’avais repéré chez Aifelle et qui m’attendait chez le bouquiniste…

Tout le monde connaît Didier Decoin, président du Prix Goncourt, écrivain, scénariste.  Il nous dévoile ici un aspect peut-être inattendu mais fondamental de sa personnalité. J’avais l’impression d’entendre sa voix et sa gouaille en lisant ce livre.C’est comme s’il nous parlait en direct de sa passion pour les jardins, née dès la petite enfance puisqu’il habitait tout près des jardins de Bagatelle et du Bois de Boulogne. Il nous retrace donc sa vie au fil des jardins cultivés et visités et tout est prétexte à des digressions végétales : le caractère capricieux des nénuphars, cette plante qui pousse dans les poumons de Chloé, l’héroïne de L’écume des jours, la découverte d’une espèce de concombre particulièrement facétieux, les jardins qui vivent la nuit, la multitude de synonymes du verbe planter, comment acclimater un palmier, les plaisirs visuels et olfactifs des jardins, des références à des écrivains aussi divers et variés que Kawabata, Christian Bobin, Boris Vian…

Mais le plus délicieux, c’est le fil conducteur qui relie toutes ces anecdotes, c’est-à-dire les aventures des membres du club de la Cinquième Saison, amateurs de jardins et surtout de jardins anglais, prêts à dépenser une fortune pour les plantes les plus originales et les plus rares, que bien sûr on ne trouve qu’en Angleterre, et ne craignant pas de sacrifier leur confort personnel pour que les précieux végétaux  reviennent en France intacts. Ils se délectent de leurs succès de jardiniers, se conseillent, s’entraident, s’encouragent face à des plantes rebelles, et surtout ils mêlent la vie et l’art des jardins dans une belle symphonie de verdure. Car bien sûr,  l’homme Didier Decoin a lui-même trouvé le bonheur grâce à sa jardinière de femme, et le romancier a puisé son inspiration dans les jardins qui ont marqué et marquent encore sa vie, dans les Yvelines et à La Hague.

Un très beau chapitre est consacré à Vita Sackville-West et aux jardins qu’elle a créés avec son mari, à Sissinghurst : son jardin blanc est connu de tous les amateurs !

Un adorable petit bouquin dans lequel on se plonge avec délices !

« C’est à compter de ma découverte du jardin blanc de Sissinghurst que que j’ai pu commencer d’ânonner un début d’embryon de semblant de connaissance des jardins, et notamment de leur langage – pas le latin botanique des jardiniers, mais la langue feutrée, silencieuse, pudique et sauvage, qu’utilisent les jardins pour se faire entendre et comprendre de nous.

Car ces entités causent, chuchotent, échangent, revendiquent, rêvent à voix haute, et je suis même sûr qu’il leur arrive de chanter quand le jardinier a refermé le portillon, ou repassé la Porte aux Evêques, et qu’il s’éloigne dans le soir en se massant les reins. » (p. 161-162)

« Dans un jardin réussi, le jardinier s’est retiré. L’effort qu’il a produit, fût-il considérable, ne doit pas davantage se voir que l’effort du bien écrire dans un ouvrage. » (p. 189)

A écouter en lisant : selon la suggestion de l’auteur lui-même, Jardins sous la pluie, de Claude Debussy

Didier DECOIN, Je vois des jardins partout, JC Lattès, 2012

Un titre parfait pour le Végétal du Petit Bac…   

Et comme je vous l’avais promis voici d’autres photos de Sissinghurst, en particulier quelques vues de ce fameux jardin blanc…

Et aussi un fouillis bleu comme j’aime et une magnifique vasque de joubarbes (j’adore ces plantes, ça me rappelle la maison de ma grand-mère !)