Quatrième de couverture :

« La jeune mère voulait que Charlotte incarne l’inverse de tout ce qu’on avait pu lui marteler sans répit, dans son école en uniforme. Sa fille ne serait pas réduite à donner l’illusion d’être subtile sans l’être, à avoir les ongles peints et la peau veloutée, à rire en silence sans dévoiler ses dents parce que c’est plus raffiné. Charlotte serait une femme que l’on écoute pour autres choses que pour ses problèmes de cheveux et de dîner trop cuit, une femme respectée pour elle et non pour son mari brillant, une femme qui prend des décisions sans demander la permission à Dieu. Sa fille deviendrait ce qu’elle aurait aimé être elle, si son ventre ne l’avait pas surprise. Une Marie Curie sans Pierre. »

Après Sans elle (2008), Ils l’ont laissée là (2009) et Tant que tu es heureuse (2010) salués par la critique et traduits en chinois, Alma Brami, 26 ans, nous offre son quatrième roman.

 

C’est chez Littérature et chocolat que j’ai découvert ce roman, dont Hélène a fait un livre voyageur.

Lili s’est retrouvée enceinte très jeune, et ses parents, profondément déçus et choqués par la « faute » de leur fille, l’ont éloignée de la maison familiale et de sa petite soeur dès que l’enfant est née : une fille aussi, nommée Charlotte, à qui sa jeune mère va vouer un amour exclusif, qui la comble. Mais l’enfant va grandir, bientôt la petite fille potelée entre au collège. Restera-t-elle attachée à Lili ? Les deux femmes trouveront-elles leur place l’une par rapport à l’autre, par rapport à la société ? Vont-elles retrouver un lien avec ce couple parental qui les a bannies tout en continuant à assurer leur entretien ? Des questions qui ne cessent de se poser de plus en plus fort au fil de la lecture…

Un roman qui parle d’amour maternel, de relation mère-fille, d’une histoire de famille, d’un couple qui veut à tout prix cultiver le secret pour maintenir les apparences… Un roman où, me semble-t-il, Alma Brami a dépeint avec beaucoup de finesse la misère affective qui touche à des degrés divers tous ses personnages : des parents qui ne savent que suivre un moule tout fait, froid et dur, dont ils ne peuvent imaginer qu’on puisse en sortir sans ébranler tout leur édifice de respectabilité, une fille rejetée qui n’a pas reçu la liberté intérieure nécessaire pour aimer sans étouffer, des enfants qui portent des prénoms infantiles et sont instrumentalisées à leur insu,  une fille qui compense le manque dans la boulimie… Malgré le style fluide, des chapitres courts qui captent l’attention, les apparences légères cachent beaucoup de noirceur et la double pirouette du titre et de la fin du roman révèlent un regard acéré, sans illusion. Un univers surprenant chez une si jeune femme (Alma Brami n’a que 26 ans et en est déjà à son quatrième roman !)

Il faut que je l’avoue, je me suis sentie un peu extérieure à ce roman au début, et je garde des sentiments ambivalents : les mini-rebondissements (voire même non-évènements) qui jalonnent l’histoire m’ont toujours paru légers et je me suis toujours demandé où l’auteur allait nous emmener, mais finalement tout se met en place comme un kaléidoscope qui met successivement en lumière les différents personnages et Alma Brami construit petit à petit l’ensemble, par petites touches, et nous mène à une fin à la fois attendue et surprenante. Peut-être le sentiment de rester extérieure est-il dû au fait que la romancière ne juge jamais ses personnages. Elle ne leur fait pas de cadeau non plus.

Une découverte très intéressante ! Merci, Hélène !

Alma BRAMI, C’est pour ton bien, Mercure de France, 2012

Un roman qui entre dans le Défi La plume au féminin (chez Opaline) auquel je me suis inscrite aujourd’hui !