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Quatrième de couverture :

« Je n’ai jamais connu de vous qu’un univers sonore, où dominaient Mozart et votre violoncelle. Vous jouiez. Les voix chantaient. J’écrivais. Votre musique est est dans ce manuscrit. A vous entendre, j’ai eu peur de vous aimer. Je vous ai fui. J’ai écrit ce qui aurait pu être notre histoire. Ne me demandez pas pourquoi. Je ne vous demande pas pourquoi vous avez joué pour moi du violoncelle, chaque soir, pendant des mois.

Quand vous aurez terminé votre lecture, je serai nue devant vous, et pourtant moins vulnérable qu’au soir du 13 octobre. Je n’aurai plus rien à dissimuler, pas même de l’amour. »

J’ai trouvé ce roman chez le bouquiniste, et comme j’ai envie de lire les premiers romans de Valentine Goby, cela tombait bien ! Et puis l’illustration de couverture est fine et attirante… Cela tombe encore mieux quand le thème du club de lecture de septembre est « Quand la musique se livre en mots » et qu’en faisant des recherches, je découvre que celui-ci est le tout premier !

Et cette découverte va influencer mon billet, je crois… Je me disais en lisant que j’étais vraiment contente de lire Valentine Goby dans une écriture bien plus fluide, souple, que ses derniers romans (Des corps en silence, Banquises). Si l’effet recherché semble toujours le même dans ces derniers ouvrages, ici on est au plus près de l’émotion, dans une écriture à fleur de peau qui accompagne les hésitations, les timidités, les blocages secrets de l’héroïne, celle dont on peut deviner dans la signature du début qu’elle s’appelle Inès. Et pourtant son prénom n’apparaîtra plus jamais par la suite. Vendello, son voisin, dont c’est d’abord le jeu au violoncelle qui la séduit, l’appelle « Ragazza ».

Elle est montée à Paris, on ne sait trop pourquoi, elle n’a quasiment meublé son séjour que de plantes vertes, elle donne des cours au Conservatoire, mais c’est dans son appartement qu’elle goûte le mieux (et le plus douloureusement) la musique, à travers la cloison qui sépare son appartement de celui du mystérieux Vendello. Ils communiquent par de petits coups dans le mur, des petits mots glissés sous la porte, elle est malhabile à reconnaître et à exprimer ce qui se passe dans son coeur. Lui a l’air de traverser la vie comme en dansant sur les cordes de son violoncelle. Pourquoi ne chante-t-il plus à l’Opéra, pourquoi a-t-il renoncé à sa carrière de ténor ? Nous ne le saurons pas.

C’est à la fois la richesse et la limite de ce roman : une écriture tout en sensibilité, des personnages fragiles, qui traversent quatre saisons à Paris en partageant les notes de musique et les malentendus de l’incommunicabilité entre les êtres, une autre façon de définir ici « la note sensible »et on a envie de percer un peu leur mystère, de lever le voile sur l’origine de leurs failles, mais nous devrons rester sur notre faim. Valentine Goby reste dans le non-dit, dans un certain brouillard qui m’a laissée un peu sur ma faim.

Mais quand je sais que c’est son premier roman, je le trouve assez réussi et intéressant pour un premier !

« Le lendemain, c’était Noël. La pluie n’avais pas cessé. J’ai ouvert les volets sur un ciel morne. Mon regard butait contre une épaisseur d’ouate. Le vallon avait disparu sous le brouillard. Le jardin était gorgé d’eau. Une désolation liquide, dont émergeait ça et là une touffe d’herbe ou un gros caillou. Pas un chant d’oiseau. Sels le ruissellement continu de l’eau et la chute perlée des gouttes dans les mares. C’était un temps pour la vie intérieure. » (p. 91-92)

Valentine GOBY, La note sensible, Editions Gallimard, 2002 (et Folio)