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Quatrième de couverture :

« Je voulais seulement me plonger dans son regard vert, écouter le son cadencé de sa voix, comme si ses mots étaient les notes que j’avais toujours cherché à entendre, celles que je n’avais jamais jouées, les sons mêmes d la vie. »

Dans l’étui de son violoncelle, Bruno conserve un talisman : une moufle, celle que portait une enfant morte il y a vingt ans. Dans sa poche,  Hannah a glissé un fruit cueilli sur l’arbre aux oiseaux, qu’aimait son frère Jonathan. Jusqu’à ce que leurs chemins se croisent, ils ignorent tout du mystérieux enchaînement qui les conduit l’un vers l’autre. Comment se reconnaître ? Il faut croire encore aux miracles.

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C’est l’histoire de deux êtres qui portent une blessure inguérissable, une blessure venue de l’enfance, une blessure qui a gelé leur coeur enfoui sous la neige, glacé derrière la vitre embuée d’une voiture qui s’enfuit. Ils n’ont pas vraiment quitté l’enfance et vivent tant bien que mal au milieu des autres. Ils se raccrochent à une moufle, à quelques glands cachés au creux d’une poche, sortes de petits cailloux qui les aident à trouver leur chemin. Il vibre aux Suites pour violoncelle de Bach, elle se laisse blesser par les chants d’oiseaux. Ils vont se croiser, se chercher, se trouver, ils ne se quitteront plus.

Une banale histoire d’amour, me direz-vous. Oui mais. Oui mais. N’avez-vous pas déjà été charmés par le titre de ce petit roman ? Resterez-vous insensibles à sa petite musique de nuit ? Moi pas. J’ai été charmée dès le début par l’écriture poétique, les silences, la douloureuse délicatesse qui affleure derrière les mots de Bruno. Ensuite je me suis laissé prendre par la main, l’auteur m’a emmenée de Bruno à Hannah par des fils magiques, et j’étais conquise. Prête à connaître le secret que Hannah n’avait jamais réussi à partager avec un autre que ses parents. Et finalement, j’ai cru à cette histoire qui ne pourrait se réaliser que dans les rêves les plus improbables.

Désormais Bruno et Hannah pourront vivre avec les souvenirs qui font mal. Les blessures ne disparaissent pas, oh non, mais ils peuvent laisser la neige s’envoler, ouvrir les doigts et lâcher les pierres qui alourdissaient leur marche.

Cette histoire m’a ensorcelée. Elle est traversée de correspondances troublantes et habitée de lumières apaisantes. J’ai l’impression qu’on n’en parle pas sur les blogs. Lisez ce livre, découvrez ce petit trésor précieux à garder en soi.

Un extrait parmi d’autres :

« J’aime marcher. Spécialement lorsque je n’ai rien à porter (ce qui arrive rarement). En rentrant à l’hôtel je vois que la pluie commence à tomber, d’abord faiblement, puis de plus en plus fort, des gouttes à moitié gelées. Dans la rue qui mène au Château Frontenac, je m’arrête. La chaussée est luisante et glissante. On y lit un reflet imprécis du monde, c’est beau.

Mon vieux professeur de géographie nous a un jour dit que la musique, les peintures, les sculptures et les livres du monde entier étaient des miroirs dans lesquels nous pouvions distinguer des variantes de nous-mêmes.

Il y a quelque chose dans cette pluie glissant le long de la colline qui me retient de bouger. Les passants se pressent, allant quelque part mais nulle part. Les voitures ralentissent. Les gens à l’intérieur veulent savoir ce que je regarde. D’étranges animaux : la lumière blanche des phares qui balaye la ville. » (p. 17)

A écouter en lisant : Les suites pour violoncelle de Bach, bien sûr ! (par Anne Gastinel, par exemple…)

Simon VAN BOOY, L’amour commence en hiver, traduit de l’anglais par Micha Venaille, Editions Autrement, septembre 2012

Une interview de l’auteur, dont c’est le premier livre traduit en français, et qui salue la qualité de la traduction ici

C’est un tout petit livre, mais je l’inscris dans 6 challenges.

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