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Quatrième de couverture :

« Dès que j’eus appris à lire, le livre m’est apparu comme un frère naturel.
Les livres sont mon oxygène, mes guides tout au long de mon parcours. Je suis un voyageur de papier. »

De l’Inde de Malraux au Congo de Gide, en passant par le vison de Michèle Morgan, une galerie de portraits – évocations tendres et complices – jalonne le parcours du narrateur. Au détour d’un poème, d’un voyage, d’une chanson, on croise Duras, Sagan, Mandiargues, Michaux, Jonasz ou Berger, et les grandes figures de l’édition telles Françoise Verny ou Simone Gallimard. Celles et ceux qui ont permis au romancier de se construire.

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Dans la liste des livres proposés par l’opération La voie des Indés de Libfly, ce titre a retenu mon attention : comment ne pas être attirée par ce voyage dans le papier, matière dans laquelle je m’ébats avec joie depuis la plus tendre enfance (il paraît que j’adorais remplir mon parc de boulettes de papier arrachés de magazines et que j’y faisais déjà « semblant » de lire).

Il ne s’agit pas d’un roman, comme je m’y attendais naïvement, mais d’une autobiographie vue à travers le filtre du papier : la lecture, la poésie, les auteurs cultes, les lettres classiques, le monde de l’édition, du journalisme tels que Jean-Claude Perrier les a vécus depuis sa jeunesse. L’homme est né en 1957 et a donc commencé sa carrière dans les années 1970-1980. Sa première rencontre marquante fut celle d’André Pieyre de Mandiargues, qu’il osa aborder alors que lui-même n’avait que dix-sept ans. Ensuite, au fil du temps, en des rencontres directes ou par le prisme de l’édition, de l’enquête littéraire, du voyage, Perrier fait entrer à son panthéon littéraire d’autres André célèbres, Gide, Malraux, mais aussi Antoine de Saint-Exupéry.

Son parcours politique et son métier de journaliste lui font rencontrer de multiples personnalités, dans des interviews parfois difficiles (comme celle de Japrisot), souvent riches ou inattendues, en particulier dans le domaine de la chanson française. En attestent son amitié avec Michel Berger et Serge Gainsbourg (dont il tient à nous présenter une image bien différente de celle de « Gainsbarre ») ou son livre sur le groupe Indochine, sans oublier sa rencontre avec le mythique Ravi Shankar, inspirateur de George Harrison.

Le titre de ce livre ne nous fait pas seulement voyager symboliquement dans le monde de l’édition : Jean-Claude Perrier nous conte sa découverte et son amour de l’Inde, au travers de ses expéditions dans le sous-continent, l’énergie déployée au service de l’amitié culturelle franco-indienne, sa visite des cinq anciens comptoirs commerciaux français en Inde, au rang desquels Pondichéry est son préféré.

Petit bémol : Jean-Claude Perrier, comme le dit aussi la quatrième de couverture, est sans cesse dans l’admiration, mais a-t-il fait preuve de vraie affectation ou de fausse originalité en utilisant des expressions du genre « Ganesh merci » (au lieu du certes classique « Dieu merci ») ou « le cher Jean Dutourd » (une fois ça va, mais quatre fois dans le livre, et pas seulement à propos de Jeannot la Science, ça m’a paru un peu trop paternaliste).

Le tout est un voyage assez passionnant, placé sous le signe de la rencontre, très bien écrit, auquel on pourrait reprocher de graviter dans le cercle assez « fermé » de la culture parisienne (personnellement cela ne m’a pas gênée).

Je ne résiste pas à noter cette citation, qui m’a bien plu, à moi qui ne suis pas française mais francophile :

« Pourtant peu dogmatiques ni coutumiers des « grands mots », mon grand-père Maurice, poilu rescapé de Verdun, et mon père Lucien, prisonnier de guerre en 1940, ne transigeaient pas avec ces valeurs-là : la France, le devoir, le service de la patrie n’étaient pas chez nous des notions abstraites. On n’avait pas besoin de rodomontades, de prêter serment ni de se gargariser avec « l’identité nationale ». Le patriotisme est chez moi à la fois génétique et culturel, et je me réjouis que le mot ne soit plus tabou aujourd’hui, même s’il est parfois dévoyé. La France n’est grande que lorsqu’elle est ouverte à l’autre, hospitalière ; et malheureuse quand on lui prêche le repli sur soi parce qu’on n’a aucun rêve digne d’elle à lui offrir. » (p. 51-52)

Et celle-ci, vers la fin du livre :

« Jusqu’à la prochaine rencontre, la prochaine idée, la prochaine occasion de transformer en papier tout ce qui me touche. » (p. 192)

Jean-Claude PERRIER, Le Voyageur de papier, Editions Héloïse d’Ormesson, 2012

Un grand merci à Libfly, aux éditions Héloïse d’Ormesson, et à cette opération qui a mis en avant les éditeurs indépendants !

(catégorie Sport/Loisir)