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Quatrième de couverture :

«Je ne comprenais pas où j’allais, mais j’y allais. Je savais juste que je vivais un des moments les plus importants de ma vie. Que ça y était, moi le nul, le redoublant, le presque dernier de la classe, le 30e sur 31, j’avais réussi quelque chose. » À la fin de la troisième, Vincent Cuvellier est viré du collège. Son adolescence, c’est des stages bidons, des petits boulots, le chômage… mais aussi les filles et la rage de s’en sortir. Il sait une chose : il adore écrire et rêve de devenir écrivain. Alors il écrit, sans se poser de questions. C’est comme ça qu’il publie son premier roman. À 16 ans. Vingt-cinq ans plus tard, il se souvient de ses débuts d’écrivain. Un livre vrai qui claque fort !

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Bon, il faut que je l’avoue : après la lecture du sage Voyageur de papier, j’ai ouvert ce livre, découvert chez Theoma, et ça m’a fait un bien fou ! Avec Vincent Cuvellier, on est loin des cercles parisiens, des avis consensuels sur les livres qu’il faut avoir lus, des relations intéressantes à avoir pour être introduit dans le mode littéraire, des pressions sur les auteurs pour sortir autant de best sellers par an… Ici, on est dans le goûtu, le vécu, le pas politiquement correct !

Vincent Cuvellier a publié son premier livre à seize ans. Il a été remarqué lors d’un concours d’écriture et a remporté le premier prix et le droit d’être édité. Une première reconnaissance pour un garçon qui avait décroché de l’école et peinait (forcément) déjà à trouver du travail, une petite amie, une place dans la société. Il y a vingt-cinq ans de cela. Ce premier roman était marqué par la révolte, le goût de la provocation, Vincent en est bien conscient. Mis il avait sûrement déjà une voix, un ton, il symbolisait ce rêve, ce désir, cette conscience de vouloir être un écrivain.

Les galères, les désillusions se sont enchaînées, mais aussi les années d’apprentissage, notamment dans le journalisme (c’est là que l’écart avec ma lecture précédente était si flagrant, et cela me faisait bien sourire). Et toujours ce second roman qui ne parvenait pas à sortir alors que l’envie était toujours intacte. Et cette lucidité, ce réalisme, cet amour de la vie qui fait dire à Vincent Cuvellier (je résume dans mon ressenti) : A tel moment, même si je n’avais pas un rond en poche, même si mon avenir semblait derrière moi, j’étais heureux, je savais ce que je voulais.

Quelle fraîcheur bienfaisante dans ce livre ! Je ne connaissais pas l’auteur, qui a publié de nombreux romans jeunesse. Cette « autobiographie » nous dit qu’il faut toujours y croire, croire en soi, croire en ses rêves, malgré les gens bien pensants, malgré une mère un peu méfiante (heureusement le père de Vincent s’est toujours montré bienveillant), tout tenter pour atteindre son but et trouver sa voix, ne pas craindre la solitude, oser affirmer son originalité, ne pas vouloir être du sérail à tout prix. Etre soi, tout simplement.

Ca marche : ce livre est goûtu, il sent le vécu. Il est authentique.

 « Ici, dans la petite ville de l’Isère, c’était Frédéric Dard, dit San-Antonio, natif du coin. Ca m’allait aussi. Je m’inventais une famille d’écrivains dont le grand-père serait Céline, les pères Boudard et Frédéric Dard, et les grands frères Pennac, Vautrin, Daeninckx ou Jean Teulé. Tous ceux qui se marrent en écrivant. Qui balancent leurs mots comme des tartes dans la tronche. Je savais que c’était pas les plus grands. C’était au moins les plus marrants.

J’essayais de suivre maladroitement leurs préceptes, et surtout le premier d’entre eux : que ça sonne juste. Qu’on parle dans les bouquins comme dans la vie de tous les jours.

Que n’importe qui, ouvrier, chômeur, cancre puisse lire sans rester sur le pas de la porte. Si les intellos voulaient me lire, qu’ils le fassent, mais je n’écrivais pas pour eux. Ou alors pour leur dire : « Alors, c’est qui le nul ? »

Surtout, je venais de comprendre un truc : j’écrivais pour être lu. » (p. 56-57)

Vincent CUVELLIER, La fois où je suis devenu écrivain, Editions du Rouergue, 2012

L’avis de Theoma qui propose d’autres belles citations.

(Ligne Jeunesse, catégorie Métier)