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Quatrième de couverture :

‘Tandis que lui avait du génie. Faites un effort! Mettez-vous cela dans le crâne! Ou sinon, mieux vaut arrêter notre entretien tout de suite. Je n’ai plus l’âge de répéter quinze fois les mêmes choses. Vous me rebattez les oreilles avec les autres chefs. Depuis une heure, vous me les citez tous comme si je ne les connaissais pas : sachez que je les connais, je les connais cent fois mieux que vous, ils ont dirigé à deux mètres de mon pupitre, je les observais de biais. Je leur devais obéissance. Oui, je veux bien, ils ont un petit talent, ils savent faire. Mais lui seul avait du génie.’

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Puisque la quatrième de couverture ne propose qu’un extrait du livre, voici rapidement résumée l’idée du livre : un journaliste coincé dans sa voiture sous l’orage entend à la radio une version inconnue et surprenante de la Septième Symphonie de Beethoven. Cet enregistrement a été dirigé par le chef d’orchestre Carlos Kleiber. Intrigué, le journaliste cherche à tout prix à rencontrer quelqu’un qui a fréquenté l’artiste de près. Il va donc rencontrer à Rome un vieux violoniste retraité qui lui raconte ses souvenirs du travail réalisé par Carlos Kleiber avec l’orchestre de Stuttgart.

Bon. Quatrième livre lu dans le cadre du jury du Prix Première, première déception. Ce livre, présenté comme un premier roman, a donc été commis par Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Agriculture de Nicolas Sarkosy (c’est le quatrième livre de lui publié par Gallimard). L’ouvrage est sous-titré « Une répétition avec Carlos Kleiber ». On peut adorer la musique classique, être fan de l’un ou l’autre grand interprète ou chef, ce n’en est pas un laisser-passer pour produire un roman qui m’a paru bien inconsistant.

Le sous-titre est peu pertinent, il m’a même déçue, je m’attendais à découvrir une répétition dans son ensemble, à comprendre vraiment comment travaille un grand orchestre symphonique avec un chef particulièrement original. Cela aurait peut-être été ennuyeux, certes… Mais le procédé utilisé par Bruno Le Maire pour dire son admiration pour Carlos Kleiber me semble bien artificiel, et les anecdotes narrées par le vieux musicien sont truffées de clichés opposant les Français et les Allemands dans leurs conceptions artistiques et culturelles (du genre : les Français sont cartésiens, les Allemands sont romantiques ; les Français préfèrent la peinture et la littérature, les Allemands la musique). L’auteur distribue tout aussi artificiellement quelques éléments inutiles comme l’homosexualité du violoniste. Même si c’est bien écrit, le style m’a paru assez sec, m’empêchant de ressentir quelque empathie pour le chef d’orchestre hyper-sensible ni surtout pour le vieil homme.

L’ensemble manque de souffle, à part celui, acariâtre, du violoniste menacé par la maladie d’Alzheimer. Mais ce livre constituera sans doute un joli fleuron sur la carte de visite de son auteur.

« Répéter ne voulait pas dire, pour Carlos, reprendre cent fois les cinq mêmes mesures, dans une partition : répéter voulait dire tenter. Tenter quelque chose de nouveau et de vraiment inouï. » (p. 66)

Bruno LE MAIRE, Musique absolue – Une répétition avec Carlos Kleiber, Gallimard, 2012