Un nouveau billet de Nadège pour le challenge Des notes et des mots. N’hésitez pas à donner votre avis dans les commentaires !

C’est donc l’histoire d’une certaine Lillie Bird qui fit quelque chose autrefois, quand elle était très jeune, fut enfermée à l’âge de treize ans dans une pièce que ses parents affectueux et mal avisés avaient aménagée pour elle tout en haut de la maison.

Rebecca a fui l’Angleterre pour suivre son fiancé Tiriel ; jeunes, amoureux, ils ont traversé l’océan, direction l’Australie et, plus particulièrement, la communauté ultra-religieuse de Sunshine, et n’ont jamais fait demi-tour. Ils ont eu une fille : Lillie. Lillie n’a jamais trouvé sa place dans la communauté. Elle se sent différente et le revendique. A 13 ans, elle avoue être responsable de l’incendie qui a détruit son école. Consternation. Après délibération, il est entendu que Lillie et ses parents ne seront pas condamnés à quitter la communauté, à la condition que Lillie soit recluse dans la maison familiale jusqu’à l’âge de 21 ans. C’est ainsi que l’adolescente grandit, coupée du monde extérieur, à l’exception des visites d’Ed, la bibliothécaire. Lillie se nourrit de rêves et de lecture. Elle imagine l’ailleurs… et l’amour. Le moindre homme qui se présente à elle allume ses sens. Elle rêve de celui qui lui permettra de quitter la vie étriquée de Sunshine pour l’aventure et la liberté.

Le jour de ses 21 ans, Lillie se fait belle, une robe, une goutte de sang pour rougir ses lèvres et la voilà prête pour une nouvelle vie. Mais, c’est la douche froide, Rebecca et Tiriel lui explique qu’elle ne peut sortir, la communauté n’est pas prête à son retour. Lillie est déçue, furieuse, découragée. Huit ans qu’elle attendait ce moment, l’attente avait une fin… Mais si la liberté est reportée à une date indéterminée, que reste-t-il à Lillie pour espérer ? Elle s’éteint. A tel point que ses parents se disent que cela ne peut plus durer ainsi. Au tour de Lillie de traverser l’océan, direction l’Angleterre, pour rencontrer un grand-père qu’elle n’a jamais vu. Les règles sont strictes, mais paradoxales : si Lillie est là pour se réinsérer dans le monde extérieur, elle n’a pas le droit de quitter la maison, hormis lorsqu’elle accompagne son grand-père dans des visites de jardins pour le livre qu’il projette d’écrire, ou pour se promener aux alentours, l’après-midi uniquement.

Lillie n’en peut plus. Elle veut la vie, le bruit, un homme. Lillia fantasme sur Richard, l’ami de sa mère qui l’a accompagnée dans l’avion. Lillie est en feu. Lillie est curieuse aussi. Quelle est cette maison à l’abandon, Evendon, que son grand-père ne veut ni approcher ni abandonner ? En manque de lecture, Lillie s’introduit dans la maison dans l’espoir d’y découvrir une riche bibliothèque. Pas de livre, mais les traces d’un squatteur. Intriguée et excitée par l’idée d’une rencontre, Lillie réitère son excursion et rencontre Dan. Manque de bol, lui aussi est Australien. La jeune fille est dépitée : elle qui rêve d’un nouveau monde se heurte à nouveau au passé. Et pourtant, peu à peu, une amitié naît entre Lillie et Dan. Plus ? Non, en tout cas pas pour Lillie, obnubilée par Richard. Pourtant elle le sens, elle a besoin et de l’un et de l’autre pour faire son entrée dans la vie (entrée à laquelle elle aspire autant qu’elle la redoute).

C’est avec Dan qu’elle s’enfuira à Londres. Elle, si habituée à la solitude, se retrouve dans une communauté de squatteurs, elle décroche son premier job, découvre la ville… Court après Richard l’insaisissable… Lillie découvre la vie, ne pensait pas cela si compliqué, Lillie découvre l’amour, souffre, se perd, mais Dan est là toujours. Mais qui est Dan ?

Ce livre m’avait accrochée grâce à sa première phrase : Je ne me rappelle presque rien du jour où on m’a volé mon univers. Je me réjouissais de sa lecture. Le début m’encourage : Lillie écrit son histoire pour l’enfant qu’elle porte. Une histoire qu’on imagine bousculée, pas simple. Et pourtant, très vite, je n’adhère plus, je ne parviens à pas à m’attacher aux personnages, je ne sais pourquoi ça ne prend pas. Puis, soudain – par quelle magie ? –  voilà que je me mets à tourner les pages avec fébrilité. Je veux savoir. Je me pose des questions auxquelles je ne trouve pas les réponses, je les suppose, les efface, les pressent. Et quand les dernières pages glissent sous mes doigts, oui, j’avoue, j’ai les larmes aux yeux. Alors, un grand roman ? Peut-être pas. Mais un roman touchant, oui quand enfin on comprend…

Nikki GEMMELL, Love song, Belfond, 2001 (et aussi en 10/18, paru en 2003)