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Ce week-end, je suis en escapade à Paris. Ce poème de Denise Jallais m’a attirée et intriguée…

BOULEVARD SAINT-MICHEL

Ma lente carcasse d’automne

Et ce beau temps fané

Se traînent

Je respire ce jardin d’autos

Planté dans mon soleil

Et j’achète une gaufre

Les dernières feuilles

Tombent sur mon chandail

Avec la poudre du sucre

Je descends mon chemin

Coupé d’un hachis d’hommes et d’artères

J’accepte

Cet encéphalogramme

Je hume la ville mécanique

Je me déplace le long des vitrines

Doublée par moi-même

J traîne et je cours

Je démêle quelque part

L’odeur de l’eau

Je croise et recroise

Des âmes

Je m’arrête

Puis je reprends le tempo

Il y a ici des couleurs de dahlia

De la terre fumée sous les trottoirs

Je croise et recroise

Des âmes

Je marche dans l’agora

Les Titres de livres

Comme des néons

S’allument et s’éteignent

J’accepte cet encéphalogramme

Ds percolateurs chargés de café

Sont ancrés dans les cafés

Des musiques comme des peupliers

Etirent leurs branches rondes

Je croise et recroise

Des âmes

La route trépide comme un métro

Il y a sur son dos

Un long cheminement d’insectes

Je croise et recroise des âmes

Je suis au bas du boulevard

C’est la fin du monde

Et je n’en sais rien

 

Denise JALLAIS, Pour mes chevaux sauvages, Georges Chambelland, 1966

Texte trouvé dans La Ville en poésie, Folio junior, Gallimard, 2000