Voici un nouveau billet de Nadège pour le challenge Des notes et des mots. Manifestement le livre a été réédité chez Belfond, je n’ai pas trouvé sur leur site la couverture rose bonbon à laquelle Nadège fait allusion… Ce n’est sans doute pas plus mal pour le bouquin ! De mon côté, je suis contente de découvrir ce nouveau titre de Wally Lamb, dont j’avais beaucoup aimé Le chagrin et la grâce, un des premiers titres chroniqués sur ce blog… J’adore ce billet ! Et vous ? N’hésitez pas à discuter avec Nadège via les commentaires !

Wally Mon histoire est l’histoire de l’insatisfaction : un récit peu fiable de désirs et de mésaventures qui a commencé en 1956 […]

Autant le dire tout de suite, c’est sans grande conviction que j’ai pris ce livre sur l’étagère d’un bouquiniste cet été. Une couverture rose bonbon illustrée d’une figurine : une grosse femme en maillot tenant un poisson presque aussi grand et gros qu’elle… Mouais… Puis, la quatrième de couverture ne m’emballait pas des masses :

Le corps blessé, l’âme meurtrie, Dolorès n’a que faire de la vie. Elle n’a que onze ans quand ses parents divorcent, et treize quand elle se fait violer. Les seuls réconforts de cette adolescente fragile sont les séries télévisées et la nourriture. Gâteaux, confiseries… Elle s’empiffre et devient « la grosse » du quartier, la risée des jeunes de son âge.
Qu’importe… Dolorès décide de ne plus sortir. Elle reste cloîtrée dans sa chambre, dans la maison de sa grand-mère, chez qui elle vit désormais. Un abîme de solitude et de souffrance lui vrille le cœur. Un abîme dans lequel elle va s’enfoncer, un peu plus chaque jour…

 

Ô joie et réjouissance… Lorsque je découvre que l’auteur est américain, ma peur s’accroît : je voyais déjà le tableau, un mélodrame digne d’une série télé pour petite mémère adepte du lourd, du gras, d’épisodes à rebondissements tous plus catastrophiques les uns que les autres… Un coup, ce sera le divorce ; après, le viol ; l’obésité ; le mariage malheureux sûrement ; l’avortement, peut-être ? Enfin, bref… J’avoue, j’avoue, j’avoue, mea culpa et honte à moi : je me suis révélée bourrée d’a priori, un brin méprisante… et j’avais tort… je le reconnais. Mais tout de même, un bon point : je l’ai pris ce livre et je l’ai acheté. Et même : je l’ai lu ! Et là, je remercie Anne, son challenge et la gentillesse qu’elle a de m’héberger parce que, sans cela, jamais, au grand jamais, je n’aurais acheté ce livre. Mais, je me suis dit : lance-toi, y a le mot « chant » dans le titre. Tu verras bien. Et, j’ai vu… Et j’y ai cru… Tant que j’ai pleuré parfois… Que je me suis révoltée… Que j’ai eu envie de la secouer, de la consoler, de la défendre, de la laisser tomber aussi, cette grosse fille paumée à qui tous les malheurs arrivent.

Dolorès, je te dois des excuses : oui, j’avoue, tu m’as parfois exaspérée ; oui, j’ai eu envie de te laisser en plan avec tes pleurnicheries, tes boîtes de biscuits, tes doigts chapeautés de fromage en bombe et tes gros mots à tire-larigot. Oui, j’ai eu envie de te secouer en te disant que : ok, tu avais souffert, ok t’avais pas eu de bol, mais à un moment faut se secouer les puces, ma fille. Mais, Dolorès, je t’ai aimée aussi. Je t’ai tellement aimée et je me suis sentie tellement impuissante face à ta détresse… Alors, pardonne-moi, s’il te plait, mes accès de colère, pardonne-moi mon exaspération, pardonne-moi ma maladresse quand je ne voulais que te voir heureuse. Dolorès, je t’ai admirée, je t’ai trouvée forte, je t’ai trouvée belle. Dolorès, je n’en dirai pas plus. Parce que ce n’est pas à moi de raconter ton histoire. À chacun de te découvrir, dans toute ta violence, tes fragilités, tes combats, tes espérances… Mais surtout, avec tes mots. Dolorès, je voulais te dire : merci. Et sois heureuse. Tu le mérites.

Wally LAMB, Le chant de Dolorès, Belfond, 2010

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