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Quatrième de couverture :

Etat civil : T-Bird Murphy. Localisation : Oakland, porte du désespoir, ville des déshérités et des laissés-pour-compte de l’Amérique triomphante. Je suis recherché pour un crime que je n’ai pas commis. Ma seule faute : avoir espéré. Enfance déglinguée, boulots minables, déchéance alcoolisée, une jeunesse banale à Oakland. Etudes, mariage, travail, j’ai tenté l’échappée… en vain.

Né à Oakland en 1961, Eric Miles Williamson fut ouvrier de chantier avant de devenir professeur de littérature à l’université. Il est auteur de romans noirs remarqués, dont Gris-Oakland et Noir Béton.

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Ce livre a été sélectionné pour le Prix du meilleur polar Points, mais ce n’est absolument pas un roman policier. Comme c’est indiqué sur la couverture, c’est bien d’un roman noir qu’il s’agit. Ce livre m’est retombé sous la main pendant les dernières vacances, et en voilà enfin un avis.

Bienvenue à Oakland, ou la poésie de la décharge… Il m’a fallu dépasser le langage assez vulgaire, la violence du propos des 50 premières pages avant de me laisser complètement embarquer dans le récit de T-Bird Murphy. A en croire Wikipedia, Oakland (que je croyais naïvement une ville imaginaire sous la plume d’Eric Williamson) est le troisième port de la côte Ouest des Etats-Unis mais aussi une des villes où le taux de criminalité est le plus élevé et le système éducatif le plus critiqué. Je veux bien le croire aussi rien qu’en lisant ce roman.

T-Bird Murphy a grandi dans une famille éclatée, déglinguée mais digne malgré tout du côté de celui qu’il considère comme son père, Pop. Comme ses frères, tous deux décédés de mort violente, ses voisins, il a grandi dans la crasse, la misère, dans une forme d’abandon social et de racisme qui stupéfie. Dans son Amérique à lui, la classe moyenne existe à peine, il n’y a que des nantis et des laissés-pour-compte, qui parviennent à peine à survivre dans des emplois pénibles, quand ils ne sont pas explosés dans la drogue ou l’alcool.

Seule la musique, la trompette, le jazz lui permettent de s’évader, mais même les Noirs, qui ont bien dégusté la misère eux aussi, semblent aussi racistes que les « petits Blancs » l’ont été envers eux.

On pourrait croire, à le lire, que T-Bird Murphy a déjà un certain âge, avec tout ce qu’il a déjà vécu, mais non, il n’a que vingt-et-un ans… Une bonne partie du roman se passe alors qu’il a décroché un boulot de conducteur de camion-poubelle, et qu’il vit à la décharge, dans son camion. Et c’est là que franchement, l’écriture de Williamson touche à une certaine forme de sublime : oui, il y a une beauté de la crasse, une poésie du sordide, oui, il y a une dignité de la misère dans cet abîme de déréliction. La décharge, qui domine la baie de San Francisco, devient à elle seule, dans ses ordures, ses collines, ses vallées dessinées avec application, ses feux follets de gaz délétères, dans le jus puant qui s’en écoule, un condensé, un miroir de l’Amérique.

L’écriture d’Eric Miles Williamson est particulière, elle n’échappe pas à la vulgarité, certes, et le lecteur peut se sentir agressé par ses apostrophes directes, qui semblent s’adresser à lui uniquement pour vilipender la classe des riches. Mais l’Américain a un sens particulier de la construction, il semble avancer en spirale, reprenant sans cesse des éléments déjà exposés pour les re-colorer, de sombre, leur apporter une autre facette, un autre sens. Les dernières pages du roman réunissent tous ses personnages dans une sorte de catharsis géante, d’apocalypse facétieuse et fascinante !

Et puis, quel lyrisme, quel rythme, quelle musicalité âpre, et quel sens de l’auto-dérision aussi ! Car d’après la quatrième de couverture, l’auteur (invité du Festival America en septembre dernier) a été ouvrier de chantier avant de devenir prof et écrivain, et son regard d’écorché vif semble porter le désespoir, la colère de T-Bird. Mais Williamson crie et écrit aussi cette part de l’être humain que rien ni personne ne réussira à écraser : son âme.

Je n’aurais jamais cru aimer un roman pareil… Merci au jury du meilleur polar Points de me l’avoir fait découvrir !

Eric Miles WILLIAMSON, Bienvenue à Oakland, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Alexandre Thiltges, Fayard, 2011 et Points, 2012

L’avis de Jérôme

Un roman étranger qui contient un nom de lieu et se passe en Californie

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