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Quatrième de couverture :

« J’éprouvais pour Elena une tendre reconnaissance. J’avais toujours voulu tuer quelqu’un. Pour y parvenir, il me manquait simplement de l’avoir rencontrée » songe Craig, fraîchement débarqué des États-Unis comme Elena d’Italie. Tous deux se trouvent pour une semaine au Paradise : un palace, vrai monde en soi, où l’on croise parfois au bar d’étranges clients. Par exemple cet homme de Parme, mari volage et volubile, découvert assassiné au lendemain de leur arrivée. Entre Craig et Elena naît un sentiment obsédant, fait d’agacement et d’attirance, sous l’œil impitoyable du réceptionniste, auquel rien n’échappe. Ou presque.

Dans cette envoûtante et spirituelle fiction à plusieurs voix, chacun prenant à son tour la parole, chacun observant l’autre, épiant son voisin, amour et meurtre tendent à se confondre. En émule d’Agatha Christie et de Marivaux, Christophe Carlier prouve avec maestria que l’accidentel, dans le shaker du grand hôtel, a partie liée avec l’imaginaire. Et qu’un assassin peut être aussi discret que l’homme à chapeau melon de Magritte, au visage dissimulé à jamais derrière une pomme verte.

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Ce livre, comme on peut le voir chez l’éditeur (chez qui j’ai pompé l’image) a déjà reçu un prix de premier roman (mais où ? à Chambéry ?), et il est aussi en lice pour un autre j**y auquel je part**ipe.

Derrière ce titre original, se cache un huis-clos, mais ne vous méprenez pas, il n’y a ici rien de policier. Christophe Carlier campe le décor, un grand palace parisien, du côté de la rue de Rivoli, le bien nommé Paradise, où il va faire évoluer des personnages bien typés, Craig, un Anglais professeur de lettres françaises en Amérique, plutôt misanthrope, Elena, une belle Italienne qui travaille dans la mode, et un gros Italien, envahissant dragueur impénitent.

Quel rapport entre le Paradise et un assassin à la pomme verte ? Aucun, diront ceux qui ont l’habitude de fréquenter ce genre d’endroit. Sauf peut-être la pomme, cette prétendue pomme symbole de la tentation qui chassa le bienheureux premier couple du paradis terrestre ? Qui sait ? Christophe Carlier nous parle explicitement de la pomme verte derrière laquelle se cache le personnage au chapeau melon de Magritte. Car l’ambiance est feutrée au palace, chacun porte le masque adapté à son rôle social et dissimule soigneusement ses pensées et ses sentiments réels, occasion rêvée de céder justement à la tentation… Chacun sauf Sébastien, le concierge de nuit, celui qui garde un pied dans la réalité en arpentant les trottoirs de Paris et dont le regard est bien affûté.

Affûté, mordant comme les observations ironiques de l’auteur sur la vie de ce grand hôtel, sur la grande Bibliothèque de France. Affûté, fin comme son écriture bien balancée. Si la quatrième de couverture fait référence à Agatha Christie et à Marivaux, je préfère penser à Laclos et à ses Liaisons dangereuses, par le jeu subtil et maîtrisé de la séduction et de la manipulation, par les différentes voix de Craig, Elena et Sébastien qui se succèdent et se répondent inconsciemment.

Le seul bémol pour moi est l’impression de froideur qui se détache de l’ensemble, l’absence d’émotion dans le récit. Mais cela correspond sans aucun doute à ce jeu de masques et de miroirs entretenu par l’auteur, de façon assez originale.

« Craig

La salle de bains est un territoire mystérieux de la féminité. Mais, par une indiscrétion inhérente aux grands hôtels, je savais tout ce soir-là de l’intimité d’Elena : la texture du peignoir qu’elle jetterait sur ses épaules en sortant de son bain, la couleur de la serviette qu’elle nouerait autour de ses cheveux et l’odeur du savon au miel qui laissait une traînée dorée sur l’émail de sa baignoire. Je portais à mes pieds les mules en éponge dans lesquelles elle avait enfilé les siens. Je connaissais le chiffre de l’oreiller où elle poserait la tête en s’endormant. Pour éteindre la lampe de chevet, nous ferions le même geste, pratiquement à la même heure. » (p. 53)

« Sébastien

Le frère de la victime trinque au bar avec deux clients. A qui ont-ils porté un toast ? A la camarde qui nous emporte, à l’alcool qui nous réunit, à Dieu qui voit tout ça ? La mort n’existe pas entre nos murs. C’est tout au plus un prétexte pour fraterniser avec les buveurs de la table voisine. » (p. 104)

Christophe CARLIER, L’assassin à la pomme verte, Editions Serge Safran, 2012

L’avis de Constance

C’est donc un premier roman de la Rentrée littéraire 2012, avec un nom de couleur dans le titre. Et un roman à prix pour le challenge de Laure.

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