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Présentation de l’éditeur :

Christian Bobin renoue avec la fibre narrative de ses grands livres  : Le Très-Bas, Prisonnier au berceau, et construit celui-ci en quinze récits  : des portraits d’êtres aimés (son père), des rencontres (Maria l’enfant gitane, une mendiante) des figures emblématiques (Soulages, Glenn Gould, Matisse, Pascal), des visions (une branche de mimosa, une cathédrale) et une longue lettre à la femme aimée et perdue, «  la plus que vive  ». Entre ces récits, viennent des paragraphes courts, parfois écrits à la main, condensés sur une pensée, fulgurants de profondeur et d’humanité. Un même fil rouge unifie tous ces textes, c’est la voix de Bobin, à nulle autre pareille et son regard de poète qui transfigure le quotidien.

La quatrième de couverture parle bien de ce livre… mais elle ne dit pas tout, elle invite à se glisser entre les pages, entre les mots de Christian Bobin, qui nous écrit aussi sur la quatrième de couverture : « J’ai rêvé d’un livre qu’on ouvrirait comme on pousse la grille d’un jardin abandonné.« 

Dans ce livre, en dix-sept chapitres plus ou moins longs, Bobin vagabonde de la voix d’une Gitane à une nef de cathédrale, d’un chat au jardin à la musique de Bach sous les doigts de Glenn Gould. C’est la qualité du regard, de l’attention aux toutes petites choses du quotidien que je retiendrai ici : regard contemplatif sur des choses connues comme le noir de Soulages, attention à « la vie faible, la vie pauvre, contrariée, absente – irrésistible » (page 52). Derrière le visible du réel, le trépidant de la vie, Christian Bobin recueille des éclats de lumière, des bribes d’invisible qui donnent du goût à la vie, qui aident à traverser le jour, malgré la nuit, le deuil, la fragilité de notre condition humaine.

J’ai bien aimé la façon dont il parle de l’absence, de son père, de la femme aimée, du soleil, des livres, de Glenn Gould. J’aime aussi la manière légère, qui ne se veut jamais péremptoire, de parler de sa recherche spirituelle. Comme toujours, j’ai aimé la poésie qui se dégage de son écriture, une poésie qui naît de l’épure, de l’amour des mots, de l’abandon.

Je ne peux pas ne pas parler de la beauté de cet objet-livre dont les chapitres sont entrecoupés de pages écrites de la main de l’auteur, et qui contient aussi un magnifique cahier bleu manuscrit lui aussi, lettre à la « plus que vive ». Christian Bobin, rencontré lors d’une présentation de son livre à Lille, a confié qu’il n’utilise pas l’ordinateur mais écrit toujours ses textes à la main avant de les faire taper. Un acte magnifié par cet objet-livre, dans la douceur du papier et la fraîcheur de l’encre à toucher, à renifler. Un plaisir de plus dans la découverte de Christian Bobin.

« Mon idéal de vie c’est un livre et et mon idéal de livre c’est une eau glacée comme celle qui sortait de la gueule du lion d’une fontaine sur une route du Jura, en été. » (p. 93)

« J’ai lu plus de livres qu’un alcoolique boit de bouteilles. Je ne peux m’éloigner d’eux plus d’un jour. Leurs lenteurs ont des manières de guérisseur. J’ai passé des étés dans leurs chapelles fraîches, taillées dans la falaise crayeuse d’un beau silence. Le poète qui a repeint les appartements du paradis et de l’enfer, je sors ses livres du buffet où ils prennent une teinte d’icône. J’ouvre la vie nouvelle au hasard et délivre deux enfants dont j’époussette le costume avant de les laisser courir dans la lumière. » (p. 113)

Christian BOBIN, L’homme-joie, L’Iconoclaste, 2012

L’avis de Mirontaine

Un livre de la rentrée littéraire 2012, avec un mot « sentiment » dans le titre, un deuxième titre pour le challenge Christian Bobin.

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