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Présentation de l’éditeur :

« Il paraît que tu n’es pas très beau. Tout le monde me le dit et c’est sans doute un fait. Je le vois. Je le sais. Tu transpires un peu. Et j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi mal fagoté. Quand tu marches, tu te dandines. Tes jambes sont arquées. Ta silhouette est un peu voûtée comme si ta tête était trop grosse, trop lourde pour le reste de ton corps. Tu as largement dix kilos de trop. J’ai bien vu tout ça. Mieux que personne. Mais j’aime chacun de tes défauts. Comme je suis seule à les chérir, tes faiblesses n’appartiennent qu’à moi.
 Et puis, un jour, j’ai appris que tu étais marié. C’est là que j’aurais dû poser les armes, mais je ne l’ai pas fait parce qu’on ne change pas les rayures d’un zèbre. »

Elle croise à longueur de journée des stars de cinéma, enchaîne les voyages exotiques, est mariée à un homme formidable qui lui a donné un petit garçon modèle. Bien sûr, elle s’ennuie. 
Jusqu’au jour où elle le rencontre, au hasard d’une interview. Avant lui, elle ne savait rien de l’amour. 
On ne soupçonne jamais les folies qui sommeillent en nous.

S’il n’avait pas été dans une liste de j**y, je ne pense pas que j’aurais lu ce livre… et je crois bien qu’il ne fera pas long feu dans ma mémoire. J’en garderai peut-être le sentiment d’ébahissement général qu’il a provoqué : tout ça pour ça !

Dès la première page, on sait que la narratrice a commis un acte répréhensible envers celui qu’elle ne peut plus nommer que par ces signes : (…) (si, si) et durant toute la première partie, très longue (168 pages sur 219 au total), elle nous raconte sa vie ennuyeuse, son indifférence totale envers tous les gens qui l’entourent, y compris son mari et son fils (qu’elle ne nomme jamais que par des couples de marques célèbres du genre Marks & Spencer, Dolce & Gabbana…) (en fait c’est de la pub déguisée pour les marques et les acteurs, ce bouquin), et son métier de critique de cinéma où elle enchaîne visionnages de films, interviews de célébrités formatées par les attachés de presse et voyages divers dans des festivals assez connus.  On s’en contenterait bien… Jusqu’au jour où cette « vie de m… » (à ses yeux) est enfin illuminée par la rencontre d’un acteur pas beau, pas mince, pas bronzé, à la vie familiale sans excès… (o se demande qui a inspiré ce personnage mystérieux…) Et notre narratrice, aussi anonyme que l’objet de son adoration, n’a de cesse que de rencontrer cet homme et de le posséder. Tout au long de cette première partie, trèèèès longue, je l’ai déjà dit, on comprend que cette possession a viré à une forme mystérieuse de sadisme que l’on comprendra seulement (et encore) dans la deuxième partie du roman. Et c’est là qu’on se dit (pardon, JE me suis dit) : tout ça pour ça ?? et ça finit comme ça ? et ça peut vraiment exister, ce genre de truc ?

Si on peut s’amuser de la critique du monde de la critique de cinéma, des caprices de stars, de la suffisance des attachés de presse que Caroline Vié connaît de l’intérieur puisqu’elle est elle-même journaliste de cinéma, si l’on peut goûter à l’humour cruel de la narratrice, ce premier roman ne m’a pas convaincue : pas très crédible, cette folie amoureuse et cette forme de possession… trop répétitif, trop féroce, trop… bref, trop artificiel à mon goût. Comme les comparaisons du malheureux acteur à la brioche, friandise qui a inspiré l’auteur, comme elle l’explique à la fin du livre… tout ça m’a laissée de (sucre) glace.

Les méchants sont des personnages intéressants en littérature et au cinéma, et ils peuvent même nous éclairer sur nos propres zones d’ombre, sur les travers de notre société. Rien de tout cela ici, face à cette femme à laquelle il est difficile de s’attacher et même de s’identifier. Le « méchant pour le méchant » ne m’intéresse pas, il me paraît même malsain à l’heure d’aujourd’hui.

Quant au style, il m’a semblé soit un peu sec, des phrases courtes, un peu hachées (il faut dire qu’après la lecture d’Hubert Haddad, j’étais peut-être trop exigeante) soit un peu lourd : les jeux de mots fondés sur les sonorités, c’est bien, mais quand c’est répété à l’envi, ça fait soupirer très fort à la longue… Mais – je vais je vous révéler une de mes manies de lectrice… – ça passait bien à l’oral : j’aime lire à haute voix, depuis toujours, et ce texte passait bien, qualité cinématographique, journalistique, de cette écriture.

Voilà, c’est lu. En fait, c’est le genre d’humour au trente-sixième degré qui ne me plaît pas vraiment… Et je vous laisse quand même un extrait dont le culot m’a sidérée :

« Tout s’était métamorphosé en signe du jour où je te reverrais. Les plaques minéralogiques des voitures étaient devenues mon oracle favori. Il suffisait que j’y lise nos initiales pour me persuader que nous étions prédestinés. C’est sans doute à ce moment-là que j’aurais dû consulter. J’avais dû démarré au quart de tour passant de l’indifférence totale à l’obsession absolue. Ton nom que je ne pouvais dire, je l’écrivais partout. (…) Paul Eluard et sa liberté, c’était de la gnognotte à côté. » (p. 70)

Caroline VIE, Brioche, Jean-Claude Lattès, 2012

Les avis très mitigés de Jostein et Valbouquine, et celui beaucoup plus positif de Stephie

Un premier roman de la Rentrée littéraire 2012, au titre qui se mange.

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