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Présentation de l’éditeur :

Elle avait tout pour être heureuse. Jeune, ravissante, talentueuse. Une famille idéale, un mari beau et célèbre, Ted Hughes, deux enfants charmants, et un don d’écriture que la critique acclamait. Et pourtant, Sylvia Plath, le 11 février 1963, à l’âge de trente ans, a mis fin à ses jours. Et ni le roman autobiographique qu’elle avait publié, La Cloche de détresse, devenu un livre culte, ni ses poèmes douloureux et intimes, n’ont suffi à élucider l’énigme absolue qu’elle posait à ses contemporains et à ses propres yeux. 

Dans ce premier roman inspiré, Oriane Jeancourt Galigani traque cet ultime secret grâce à une confession imaginaire de l’écrivain, émaillée de ses plus belles images. Bien au-delà de l’égérie emblématique créée par les féministes d’outre-Atlantique, l’auteur dessine une figure singulière, bouleversante d’humanité et de contradictions – le portrait tout en clair-obscur d’une femme inoubliable.

Je commence ce billet par un aveu d’inculture : avant de lire ce livre, je ne connaissais Sylvia Plath que de nom, je savais aussi que le roman de Claude Pujade-Renaud Les femmes du braconnier s’inspirait de sa vie aussi (mais je n’ai pas lu ce livre – ça pourrait peut-être bien changer). J’ai donc commencé le bouquin avant-hier soir, trente pages avant de dormir, et hier, avant de reprendre la lecture, je me suis renseignée sur la dame en allant consulter Wikimachin. Cela m’a permis de mettre les pièces du puzzle en place, de situer chronologiquement la vie et l’oeuvre de Sylvia Plath. Et puis j’ai recommencé à lire et je ne me suis pas arrêtée. Lu d’une traite ce roman de 180 pages seulement, mais brûlant, glaçant, désespéré, hanté… comme son héroïne.

C’est donc surtout le sujet de ce roman qui m’a intéressée principalement. L’auteure précise bien à la fin qu’elle s’est emparée de ce personnage réel en toute liberté pour en tracer une « vie imaginaire », tout en s’appuyant sur la lecture de son œuvre et sur des écrits divers, dont l’article critique de George Steiner, Mourir est un art, qui donne en partie son titre au roman.

Sa construction est basée sur les retours en arrière : durant la dernière nuit qu’elle passe dans l’appartement gelé de Londres qu’elle occupe avec ses enfants, alors qu’elle a pris la décision de mettre fin à ses jours, Sylvia se souvient de son mariage avec Ted Hughes, de la naissance de ses enfants, de la maladie de son père, de ses séjours en hôpital psychiatrique aux Etats-Unis, le tout sans cesse mêlé de fragments de poèmes, de journaux intimes, baigné dans son travail d’écriture qui lui a été si douloureux et si libérateur à la fois.

La quatrième de couverture nous dit que Sylvia Plath avait tout pour être heureuse, et pourtant elle ne paraissait pas très douée pour le bonheur, et son entourage ne l’a pas vraiment aidée : méprisée par son père, elle faisait peur à sa mère ; trompée par son mari qui a peut-être étouffé ses aspirations littéraires de peur qu’elle lui fasse de l’ombre, elle a porté un amour malhabile, négligent à ses enfants, en raison de ses troubles bipolaires.

Tout le roman raconte les quelques moments de lumière, de lucidité, de bonheur avec Ted ou dans son jardin du Devon, mais surtout sa souffrance, ses hallucinations, ses obsessions, la solitude terrible dans laquelle elle a passé la dernière année de sa vie. Comme je l’ai déjà dit, tous ces épisodes sont entrecoupés de courts extraits des écrits de Sylvia, qu’Oriane Jeancourt Galignani glisse avec brio dans ses propres lignes. L’écriture est belle, qui tente de coller aux fulgurances et aux blessures bouleversées de Sylvia.

Un roman qui se lit la gorge serrée, devant le destin brisé d’une jeune femme affolée, qui aspirait à la vie, à la liberté, mais s’est auto-détruite après avoir subi les violences de « l’oiseau de panique » qui planait dans sa tête.

« Il y a ce don

De ton petit souffle, l’odeur d’herbe

Mouillée de ton sommeil. » (p. 60)

« La Volkswagen roule à fond sur la route du Connemara. La maison de Richard n’est qu’à quelques kilomètres de Cleggan. Le vent s’est levé, la pluie cogne contre les vitres, l’océan, comme un séisme dans la nuit, gronde sous leurs pneus. Sylvia, pelotonnée sur la banquette arrière, se colle à la fenêtre. Les mots reviennent, elle les écrira demain. La fin des terres : le bout des doigts, noueux et douloureux, crispés sur rien. Des falaises noires et moralisantes, et la mer qui explose sans fond, sans fin, sans rien à affronter, blanchie par les visages des noyés. Sous les voitures, la voiture titube. Sylvia ne craint pas l’embardée. Elle aime le vent, il courbe arbres et hommes dans la même direction : le monde prend soudain sens. » (p. 118)

Oriane JEANCOURT GALIGNANI, Mourir est un art, comme tout le reste, Albin Michel, 2013

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