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Présentation de l’éditeur :

Je n’ai de goût qu’aux pleurs que tu me vois répandre raconte une fugue. Celle d’un homme impatient, très secret, compulsivement organisé. Il quitte tout et part en voiture rejoindre 2 000 km plus au nord une jeune fille qui a froid. Son appartement est en ordre, son associée s’occupera de la galerie, ses amis croiront la ligne en dérangement. Il ne compte pas revenir. Il ne le fera pas. Avec la rigueur d’une épure, sec comme le claquement d’une arme, ce trajet sans retour, entre asphalte et bord de mer, pousse à bout le silence d’un homme qui ne se dit pas tout. Amour, jouissance, émotions : rien ne le relie au monde. Comme si la vie n’était que logiciels, et le Mal une apesanteur. Ce premier roman récuse avec une rare maîtrise notre nouvelle ère glaciale.

Bon, autant le dire tout de suite, encore une déception. Et pourtant, j’étais très curieuse de lire un nouveau titre de chez Alma éditeur, de tenir dans les mains un bel objet comme celui-là, à la mise en page très aérée et mystérieuse (certains chapitres ne font qu’une ligne ou un petit paragraphe).

Le titre, un peu ronflant, n’est autre qu’un vers de Racine, tiré de sa pièce Esther (une reine juive de la Bible, qui accepta des relations avec un étranger pour sauver le peuple juif, mais au prix d’une impureté aux yeux de la Loi des juifs) et à part le chagrin – bien caché – du héros, je ne vois pas le rapport entre le titre et le roman…

Ca commence bien, un homme observe ses semblables, le cercle de ses amis. Son cynisme devant les chassés-croisés amoureux qui animent leur groupe est un peu dérangeant, mas bon, si le livre est bien, on peut aimer un héros antipathique. Et puis l’homme se retrouve seul, encore un élément romanesque intéressant, il coupe tous ses liens pour partir à la recherche de quelqu’un dont on devinera bien plus loin que c’est une jeune fille (beaucoup plus jeune que lui…) qu’il a aimée et qu’il veut retrouver à tout prix. Il ira jusqu’en Ecosse pour cela et découvrira que la donzelle est avec un jeune homme de son âge…

Le voyage, sorte de road-movie émaillé de nombreuses citations de Paul Eluard, Philippe Jacottet et Nabokov, est intéressant en soi. Je me suis même dit, tout à coup, à la lecture des phrases de Nabokov, qu’il serait question d’un homme coupable d’inceste et que les retrouvailles avec la jeune fille seraient au minimum poignantes. Mais après… les longues citations en tête de très courts chapitres alourdissent et ralentissent la progression du roman. Et surtout, surtout… au moment où il la voit avec le garçon de son âge, ça tourne au coup de folie complètement inattendu. Pour moi ça tournait en eau de boudin… sanglante… (allez je ne vous en dis pas plus, j’ai pitié) et on a droit cette fois à des scènes sexuelles… aberrantes et totalement gratuites (non, non, vous ne croyez quand même pas que je vais vous les raconter, petits coquins, non mais).

C’est dommage. Tout ça pour ça… Une sorte de pétard mouillé, quoi. Et pourtant il y a de jolis moments d’écriture dans ces 92 pages. Mais je ne vous le conseille pas…

« Je veux croire, encore, en mon libre arbitre, pas de destin, rien d’écrit à l’avance. Jamais je n’ai voulu faire analyser les lignes de mes mains. Je n’ai jamais regardé de près, à l’intérieur. Je les ai lavées, frottées énergiquement, espérant que l’eau joue son rôle d’érosion. Qu’elle lisse tout ça, quitte à souffrir, mais ne plus avoir que des paumes polies. Et repartir. » (p. 27)

Sébaastien BONNEMASON RICHARD, Je n’ai de goût qu’aux pleurs que tu me vois répandre, Alma Editeur, 2013

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