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Présentation de l’éditeur :

1954, c’est la guerre d’Indochine, l’armée populaire vietnamienne attaque les troupes françaises sans relâche.

À Hanoï, à l’hôpital Lanessan, Mai, une jeune Annamite, aide les équipes médicales en charge de remettre sur pieds les soldats français blessés. Yann, le jeune breton, a été atteint au thorax mais s’en sort… Pour elle, c’est bien un coup de foudre. La jeune femme va d’ailleurs faire preuve d’une imagination débordante pour empêcher qu’il soit renvoyé trop rapidement au front, allant même jusqu’à mentir au médecin sur son état de santé. L’énergie qu’elle déploie pour retarder son départ éveille l’attention et la curiosité du soldat qui, à son tour, tombe sous le charme.

Ah le merveilleux premier roman que voilà ! Et qu’il me sera difficile sans doute de vous en faire goûter la saveur tendre et poignante…

L’auteure, Hoai Huong Nguyen, dont le prénom signifie « se souvenir du pays », est née en France de parents vietnamiens. Elle vit et enseigne en France et j’ai découvert aussi sur le site de l’éditeur qu’elle a publié deux recueils de poésie, que j’aimerais bien trouver… Ce premier roman se situe au Vietnam mais il ne se contente pas de rappeler des souvenirs stériles, il fait vraiment mémoire de ce pays à travers une histoire d’amour très émouvante et une des batailles les plus célèbres du 20e siècle. C’est aussi un très beau portrait de femme…

Il y a d’abord cette rencontre entre Yann et Mai : lui est un jeune, très jeune soldat breton, originaire de Belle-Ile, enfant mal aimé qui a très vite quitté son île pour s’engager dans l’armée française. Nous sommes en 1953 : il atterrit en Indochine, est blessé, soigné à Hanoi, à l’hôpital Lanessan. Elle est comme lui orpheline de mère, elle a été élevée au Couvent des Oiseaux par des religieuses françaises et c’est ainsi qu’elle est amenée à travailler à l’hôpital français et y rencontre Yann. L’amour entre les deux jeunes gens s’éveille lentement, presque à leur insu… Mais le père de la jeune fille a d’autres projets de mariage pour elle. Elle osera se rebeller contre l’autorité paternelle, perdant alors toute sécurité ou presque. Le lien avec Yann n’en sera que plus fort : ces deux-là, dans leur fragilité, effleureront le bonheur pendant quelques heures avant que le jeune soldat reparte au front, dans la cuvette de Dien Bien Phu…

J’aimerais vous en dire plus mais je m’arrête là… Hoai Huong Nguyen a réussi à mêler histoire d’amour et histoire de violence, dans le récit d’une odieuse bataille qui se soldera par des accords de fin de colonialisme en Indochine, que les Français quittent piteusement en laissant le nord du pays aux mains du Viet-minh, sans compter le nombre de morts, de blessés et de prisonniers démolis dans la jungle. Mais c’est aussi une belle évocation d’un pays écartelé entre la douceur de vivre encore présente à Hanoi, pendant que la cuvette de Dien Bien Phu est noyée de sang et de mousson, et la crainte de l’arrivée au pouvoir des communistes. Yann et Mai sont pris eux aussi dans l’étau des jeux de pouvoir et d’une liberté qui se conquiert à un prix atrocement élevé. Cette jeune fille qui ose quitter sa famille sans entrer dans la voie toute tracée d’un mariage arrangé, ce jeune soldat français perdu dans la guerre, mais qui résiste à toutes les souffrances par amour, sont très touchants, leur histoire est triste et belle.

La force de ce roman, c’est qu’il nous fait revisiter, dans un pays qui paraît tellement éloigné de nous, une des pages les plus terribles de l’histoire du 20e siècle, mais sans acrimonie, sans haine. La jeune romancière a choisi de parler de la destruction de son pays à travers la nature, la terre, la mer, les oiseaux et les arbres, et à travers deux enfants éperdus d’amour, et elle parle en même temps de la présence coloniale française, sans jugement manichéen. Ce premier roman est joliment mené de bout en bout, à tel point qu’on ne sent pas le « premier roman », ses 155 pages sont parfaites ! C’est encore une fois la gorge serrée que j’ai lu ce récit à l’écriture précise et poétique, élégante, délicate et mélancolique. De courts poèmes émaillent le roman, de petites perles à savourer lentement, comme le livre dont la petite musique retentira encore longtemps dans ma mémoire de lectrice.

Le premier poème, en ouverture du livre :

« Vienne le vert été

– ne soyons

pas séparés

Joie si douce

de l’aurore

– son clair regard

Tes mains

couleur de miel

et du soleil mourant

Transperce

jonquille claire –

l’âme de la beauté »

« Il y a une petite consolation quand la nuit vous tient dans son étau : vous n’avez plus peur, car il n’y a plus rien à faire, il n’y a plus qu’à se laisser emporter par les forces de l’ombre et leur étreinte irrésistible. Ces forces avaient doucement pris la main de Mai, elles l’entraînaient dans une lente marche vers l’inconnu. La nuit était finalement une compagne pleine de compassion, elle avait compris que Mai était toujours la petite fille qui avait peur du vide, qu’il ne fallait pas se hâter ; dans la froideur glacée de minuit, ce ne serait pas possible, mais au matin… Patience, elle attendrait l’aube, car lorsqu’elle prend quelqu’un par la main, ce n’est plus possible de se dérober. » (p. 129)

Hoai Huong NGUYEN, L’ombre douce, Editions Viviane Hamy, 2013

Un premier roman remarquable !!

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