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Présentation de l’éditeur :

Transporté dans la peau de l’adolescent qu’il était à 14 ans, Hiroshi redécouvre son passé en questionnant sa famille et ses amis. Il le revit également, et lorsque le jour approche où son père a disparu sans explication, Hiroshi se demande s’il peut changer ce passé ou s’il doit le revivre, impuissant.

Voilà encore une nouvelle expérience BD pour moi : une incursion dans le monde du manga, chose qui me semblait impensable il n’y a pas si longtemps que cela ! Et j’ai aimé ce roman graphique, à la fois pour son histoire, ses dessins et les quelques références littéraires qu’il a éveillées en moi.

Le point de départ est fantastique, puisque Hiroshi, homme d’affaires de 47 ans, marié et père de famille, se trouve projeté dans le quartier où il a grandi et dans la peau (légère) de ses 14 ans. Il connaît de façon assez claire ce qui va arriver aux personnes de son entourage, se demande s’il pourra retrouver sa famille (d’adulte), ne sait s’il peut se laisser aller au cours des choses et donc changer le cours de son histoire personnelle et familiale, ou s’il peut lutter contre le « destin » qui lui aura été imposé à la fin de l’été de ses 14 ans. Mais à part cette plongée à contre-temps, le texte et l’image sont très réalistes : les décors, les costumes, le mode de vie sont très bien rendus, sans doute traités grâce à une belle documentation de Taniguchi ; que l’on soit dans un intérieur japonais ou dans un parc public, que l’on se promène sur la plage de Hawai ou que l’on voyage à bord du shinkansen (le TGV japonais), tout est précis, rigoureux, tout semble réel et la qualité de ces détails sert l’intime du récit. J’en veux pour exemple les beaux moments où Hiroshi se laisse séduire par la douce Tomoko, en se demandant s’il peut effacer sa future histoire d’amour, ou les instants de détresse où il s’interroge sur le comportement de son père.

Jirô Tnaiguchi possède le grand art de nous faire passer avec son héros de l’intime à l’histoire, quand il évoque, par la voix de la grand-mère occupée à tisser, la manière dont les parents de Hiroshi se sont rencontrés sur fond de deuxième guerre mondiale : alors, la jungle, la boue, les blessures physiques et morales sont tout à coup bien présentes dans la maison familiale. Du grand art.

Les dessins sont très réussis, par la finesse des traits, la précision des détails, les nuances de gris. Le découpage des planches, le choix des angles de prise de vue renforcent l’impression de solitude vécue par le héros ou au contraire, nous font pénétrer dans ses pensées les plus intimes. Il aime ses personnages, Tanigushi, et il nous donne envie de les aimer à notre tour.

Le charme a été encore plus opérant chez moi car ce livre, dans sa délicatesse, m’a fait un peu penser à la pentalogie Le poids des secrets, d’Aki Shimazaki, ou au film Camille redouble, de Noémie Lvovski.

Une belle découverte, dans une collection dont je poursuivrai la découverte, c’est certain.

Jirô TANIGUSHI, Quartier lointain (en deux tomes ou en un, selon les versions), traduction de Kaoru Sekizumi et Frédéric Boilet, adaptation graphique de Frédéric Boilet, collection Ecritures, Casterman, 2002 (tome 1) et 2003 (tome 2)

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