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Présentation de l’éditeur :

«Mais regardant cet homme au milieu des rires et des chansons, comme un chêne dans son feuillage ; ce danseur crucifié à côté de la piste, ce père que j’ai craint comme l’orage et que j’ai fui pour ne pas avoir à le détester, je me dis qu’il y a pire douleur que tous les arbres de la forêt abattus, tous les massacres en images, c’est de voir un homme en silence qui pleure.»

Simon, le narrateur d’Un été autour du cou, devenu adulte, recompose le passé de son père et l’histoire de ce qui les a si longtemps séparés. Devant le cercueil de cet homme qu’il n’a pas vu mourir, Simon se souvient d’un père rude, exigeant, incapable d’exprimer son affection, dont il aura attendu en vain un geste, un mot capable de lui donner confiance. Comment retrouver la tendresse de l’amour qu’on croyait perdu?

Alors que je suis en train de découvrir la poésie de Guy Goffette, Libfly m’a donné l’occasion de lire son dernier roman et de découvrir l’enfance et la jeunesse de l’auteur à travers le personnage de Simon : j’ai lu en effet dans une interview à quel point il s’inspire de sa propre vie dans ses romans.

Géronimo a mal au dos, c’est l’amertume, le sentiment de vanité, de perte irrémédiable que ressent un fils face à un père qui l’a aimé, oui, c’est certain, mais tellement rudement, tellement maladroitement que le fruit attendu de la tendresse ne s’est jamais fait cueillir. C’est l’histoire d’un fils pour qui le père avait rêvé d’une vie bien meilleure que la sienne, mais selon ses plans à lui. Ce sont les quatre cents coups d’un fils qui ne cesse de provoquer son père, dans ses bêtises de gamin, d’ado, puis dans ses fuites et ses frasques de jeune homme, et qui ne récoltera jamais que des claques, des regards noirs, des refus hargneux.

C’est l’histoire aussi d’un père de famille qui avait habitué tout le monde à une vie étroite, petite, sans grande ouverture d’esprit ni de coeur. Plus tard, Simon n’aura de cesse de multiplier les expériences en tous genres, en amour, en lectures, pour ouvrir large les portes… et sans doute toujours se rebeller face à la figure du père.

Il y a bien quelques éclairs dans la nuit, mais que le fils ne comprendra que bien plus tard, comme le château-fort de Saint-Nicolas, et encore, il sait encore faire passer dans son récit toute l’amertume de son cœur d’enfant.

La deuxième partie du livre est sombre, qui raconte les dernières semaines de la vie de « Géronimo », dont la santé décline rapidement, le désespoir de cet homme qui ne maîtrise plus rien, qui ne parvient plus à communiquer, si tant est qu’il y ait réussi un jour.

La langue de Guy Goffette est belle, poétique : c’est celle d’un gamin de village ardennais qui court la campagne et les bois, le nez au vent, le visage offert à la lumière. Les dernières phrases de chaque chapitre tournent en poème, quelques mots qui donnent à croire que la langue maternelle de Guy Goffette est la poésie.

Une belle découverte qui me donne envie de lire le premier roman « autobiographique » de l’auteur : Un été autour du cou.

« Aspirer tout le pays à mes pieds, me remplir d’un coup les sinus de toute la chlorophylle des collines et les yeux de la rougeur des toits, me gonfler les poumons avec le grisou de la bâche céleste, et que j’en finisse une fois pour toutes avec cette misère de regrets, remords, relents et remémorations qui pourrissent la vie, la mienne et celle des autres. Que je m’envole enfin et plane au-dessus de ces prairies perpétuelles qui ont saoulé mes jeunes années, réduit mon idéal d’espace à ce carré de terre comme une carte postale collée à vie derrière mon front, et qui ont décuplé en moi au fil des ans une mélancolie de vieil élégiaque. » (p. 120)

Guy GOFFETTE, Géronimo a mal au dos, Gallimard, 2013

Un très grand merci à Libfly pour l’envoi de ce livre !

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