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Quatrième de couverture :

Dans le 95, qui va de la place de Clichy à la porte de Vanves, je me suis souvenue de ce qui m’avait enchaînée à Igor Lorrain. Non pas l’amour, ou n’importe lequel des noms qu’on donne au sentiment, mais la sauvagerie. Il s’est penché et il a dit, tu me reconnais ? J’ai dit, oui et non. Il a souri. Je me suis souvenue aussi qu’autrefois je n’arrivais jamais à lui répondre avec netteté. – Tu t’appelles toujours Hélène Barnèche ? – Oui. – Tu es toujours mariée avec Raoul Barnèche ? – Oui. J’aurais voulu faire une phrase plus longue, mais je n’étais pas capable de le tutoyer. Il avait des cheveux longs poivre et sel, mis en arrière d’une curieuse façon, et un cou empâté. Dans ses yeux, je retrouvais la graine de folie sombre qui m’avait aspirée. Je me suis passée en revue mentalement. Ma coiffure, ma robe et mon gilet, mes mains. Il s’est penché encore pour dire, tu es heureuse ? J’ai dit, oui, et j’ai pensé, quel culot, il a hoché la tête et pris un petit air attendri, tu es heureuse, bravo.

 

La quatrième de couverture donne un extrait, et tant mieux. Parce que, il faut le dire, le « pitch » de ce roman est assez mince (et mon billet sera court)… Chaque chapitre correspond à un épisode, ou aux pensées d’une personne, et 17 personnages se croisent ainsi au fil de 21 chapitres, 17 personnes qui se connaissent, qui entretiennent des liens familiaux, d’amitié ou professionnels, plusieurs marqués par leur judaïté. Ils parlent de leurs amours, de leurs parents, de leurs enfants, de leurs amants… et sont plus ou moins amers, plus ou moins déçus par la vie, plus ou moins insatisfaits…

Leurs histoires correspondent à la citation épigraphe de Jorge Luis Borges :

« Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l’amour.

Heureux les heureux. »

Et… ça s’arrête là. C’est un roman éclaté entre différents points de vue, qui se termine sur la mort d’un des personnages… et c’est tout (pardon, je me répète). C’est le premier texte de Yasmina Reza que je lis, et je suis très dubitative. Sur le contenu du roman et sur le style de l’auteur, qui m’a agacée dès le départ : les dialogues sont dans le texte, comme dans l’extrait ci-dessus, les phrases sont courtes, un peu sèches (cela dit, je ne l’ai pas abandonné), peu d’émotion se dégage de cette galerie de gens en demi-teintes  impersonnelles comme le bandeau qui entoure le livre. Tout ça ne dégage pas beaucoup de vrai bonheur !

J’ai lu ce livre dans le cadre du Prix Relay, je ne crois pas que je l’aurais lu sinon, et je ne suis pas du tout conquise par cette plume pourtant si connue dans le monde du théâtre.

Yasmina REZA, Heureux les heureux, Flammarion, 2013

L’avis de Noukette, Clara et Aproposdelivres, pas plus convaincues que moi