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Présentation de l’éditeur :

Brillante, impertinente et jubilatoire, une comédie de moeurs grinçante sur une île très select de Nouvelle-Angleterre, le tableau aussi émouvant que désopilant d’une upper class américaine engoncée dans ses codes et ses certitudes. 

C’est l’événement de la saison sur l’île de Waskeke : Daphnée, l’aînée des Van Meter, se marie ! Mais alors que famille et amis sont en effervescence, son père, lui, arbore une mine maussade. 
Pour Winn, banquier désabusé de cinquante-neuf ans, passe encore de voir sa fille très enceinte s’afficher en robe virginale, de supporter les commentaires gras des cousins de province et les discours éméchés de sa belle-soeur. Passe encore qu’une fuite de homard sème la panique et qu’une baleine choisisse précisément ce week-end pour venir s’échouer sur la plage. Passe enfin que son éducation toute protestante l’empêche de goûter aux appas de la jeune Agatha, demoiselle d’honneur particulièrement accorte. 
Non. Le vrai scandale pour Win, cette obsession qui hante ses nuits, se résume à une seule question : pourquoi les portes du Pequod, le club le plus huppé de l’île, ce sanctuaire des âmes bien nées, lui restent-elles désespérément closes ? 

Plus que deux jours à tenir et ce mariage sera de l’histoire ancienne…

Une île de la Nouvelle-Angleterre, peut-on rêver d’un cadre plus idyllique pour célébrer un mariage ? C’est aussi le lieu idéal pour un parfait huis-clos où les passions, les désirs enfouis, les fantasmes, les frustrations vont pouvoir sortir au grand jour (ou presque) et s’en donner à coeur joie !

J’ai vraiment beaucoup, beaucoup aimé ce premier roman de Maggie Shipstead ! D’abord, mon plaisir a été « délié » par le fait de lire enfin un roman américain après des mois et des mois de lectures francophones, à deux exceptions près (que je ne renie absolument pas, qu’on ne se méprenne pas !) et d’emblée, dans ces romans, on entre dans un récit, il y a de la vie, de l’action, une atmosphère inimitable. Je sens que je vais avoir du mal à mettre un peu d’ordre dans mes idées…

La construction de ce roman, sur trois jours, est éblouissante : du moment où Winn quitte sa maison du Connecticut pour se rendre sur l’île de Waskeke, où il possède une belle résidence secondaire, jusqu’au jour du mariage de sa fille aînée, Daphné, le récit alterne entre passé et présent. Le père de famille se souvient de son enfance, de sa jeunesse, des choix qu’il a posés, des options prises en matière de vie sociale, amoureuse, familiale. Tout cela est confronté à la situation qu’il vit au moment où il débarque à Waskeke, à son âge, à sa maison pleine de monde, surtout féminin, à sa fille aînée qu’il doit conduire à l’autel enceinte jusqu’aux dents ou presque, à sa fille cadette qui se remet mal d’une rupture amoureuse, à sa sage épouse, aux demoiselles d’honneur si attirantes (surtout Agatha)… En face, la famille de Greyson, le fiancé de Daphné, est très masculine, de quoi raviver le regret de Winn de ne pas avoir eu de garçon. Mais tout cela est presque secondaire en face du refus du Pequod, le club très select de l’île, d’accepter Winn parmi ses membres.

Durant ces trois jours, Winn va osciller entre la respectabilité liée à son rang, sa façade sociale, à sa position de père de la mariée et le débridement apparemment inhérent à tout mariage (bien alcoolisé). Le récit va ainsi crescendo, avec une description des cérémonies de mariage américaines qui me laisse toujours sans voix, les yeux ronds devant tant de chichis, et on se demande jusqu’au bout par quel genre de catastrophe il va se terminer.

Cette construction impeccable est servie par une brillante étude psychologique et par un savant jeu d’échos romanesques. Une belle étude de moeurs, dans ce milieu de grands bourgeois de la côte Est, pour qui appartenir à tel ou tel club nourrit les ambitions et tient lieu de vie affective et sociale, des portraits finement menés de personnages complexes, dont ressortent Winn, évidemment, mais aussi sa fille Livia, très attachante : Maggie Shipstead mène cela de façon très intelligente ! Le tout est épicé d’échos, de doubles bien orchestrés : le père et sa fille cadette qui se ressemblent tellement dans leur « psycho-rigidité », les deux clubs principaux (quel jeu de relations subtil et féroce dans ces clubs, c’est du Edith Wharton à la sauce contemporaine), la guerre du Vietnam et la guerre en Irak, et j’en passe. Sans oublier, si je puis me permettre la comparaison, la baleine échouée sur une plage de l’île, qui va immanquablement attirer Livia, et le ventre proéminent de Daphné qui se détache dans le jardin familial.

En résumé, un roman assez jubilatoire, qui vous donne envie de posséder une maison à belvédère au bord de l’Océan Atlantique, et une romancière à suivre !

(A noter que la couverture m’avait attirée sans réfléchir, par ses couleurs, et je n’ai vraiment vu le détail de la girouette qu’en cours de lecture !)

« Winn n’aurait pu s’imaginer nager dans un tel bonheur, pas dans cette cuisine remplie de femmes toutes fondues en une seule entité, une hydre bavarde qu’il avait épousée, engendrée, tripotée dans la buanderie, embrassée par accident au cours d’une partie de cache-cache ou payée pour organiser un mariage. Il n’était pas sûr d’avoir jamais été aussi heureux que Daphné le paraissait. S’il l’avait été, il ne s’en souvenait pas, et il n’avait pas non plus le moindre espoir de l’être de nouveau un jour. L’avenir ne lui réservait pas de grandes surprises, ni de tournants du destin susceptibles de lui faire découvrir de nouveaux filons de bonheur. Avoir des petits-enfants serait agréable, mais avec sa chance ce ne serait que des filles et, de toute façon, ce serait des Duff. Il avait choisi les murs de sa prison et ils lui convenaient : cette maison et celle du Connecticut, ses clubs, son 4 × 4, les fenêtres sales du train de banlieue, celles, cristallines, de son bureau, les confins des bras de Biddy, les mots MARI et PERE gravés sur une pierre tombale. » (p. 332)

Maggie SHIPSTEAD, Plan de table, Belfond, 2012

Un tout grand merci à Clara pour ce livre voyageur !

Les avis de Keisha, Nadael, Philisine Cave

Un roman qui entre dans de nombreux challenges !

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