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Quatrième de couverture (un peu raccourcie par mes soins…) :

Quand il arrive à Irún où il espère rejoindre sa famille, Aïta trouve la maison vide. Le gâteau de riz abandonné révèle un départ précipité. En ce mois d’août 1936, le Pays basque espagnol risque de tomber entre les mains des franquistes. Aïta sait que ses beaux-frères sont des activistes.
Informé par une voisine, il parvient à retrouver les siens à Hendaye. Ama, leurs trois fils, les grands-parents et les oncles ont trouvé refuge dans une maison amie. Aucun d’eux ne sait encore qu’ils ne reviendront pas en Espagne.
Être ensemble, c’est tout ce qui compte : au fil des années, cette simple phrase sera leur raison de vivre. Malgré le danger, la nostalgie et les conditions difficiles – pour nourrir sa famille, Aïta travaille comme ouvrier à l’usine d’armement, lui qui dirigeait une fabrique de céramique…

Le seul défaut dans les bouquins édités par Sabine Wespieser, ce sont leurs quatrièmes de couverture qui racontent bien trop, et c’est bien dommage… Si vous voulez en savoir plus, il vous suffit d’aller sur le site de la maison d’édition, je n’en ai gardé que la moitié…

J’ai sorti ce livre de ma PAL pour le challenge Un mot, des titres de Calypso, le mot de cette session étant Rêve. J’ai bien aimé, mais j’ai été un poil déçue, j’avais l’impression d’avoir eu des échos excellents il y a un peu plus d’un an à sa sortie.

L’histoire de ces réfugiés espagnols, qui se déroule de 1936 à 1949, est très belle, très sobre, et même s’il ne fait que 169 pages, ce roman réussit à faire comprendre de l’intérieur ce que chaque personne de la famille ressent de l’exil, de l’arrachement au pays natal, au travail, aux ressources dont ils disposaient avant de s’enfuir précipitamment. La guerre civile d’Espagne et ce que devient le pays avec la victoire de Franco n’est qu’une toile de fond, ce qui est vraiment important, c’est cette souffrance de l’exil, vécue différemment par chacun, que ce soit Iduri, le plus jeune garçon de la famille, les grands-parents, ou Ama, la mère. Cette évocation, c’est ce que j’ai le plus aimé dans ce roman.

Les mots ont pouvoir de guérison ou à tout le moins d’exutoire, puisqu’Ama écrit dans un petit carnet ce que vit sa famille, à Hendaye d’abord, dans les Landes ensuite. et le livre alterne les passages de ce journal intime et l’histoire de la famille racontée d’un point de vue externe. Le jour où elle comprend dans son coeur qu’ils ne reviendront jamais en arrière, le carnet devient inutile, la vie peut aller de l’avant sans le soutien des mots.

L’écriture de Léonor de Récondo est très belle, poétique, pudique, elle plonge avec délicatesse dans les rêves de chacun, rêves oubliés, rêves refoulés, rêves ardents. Comme je l’ai déjà dit, c’est cette évocation de l’exil qui est vraiment servie par cette belle plume et très réussie.

Le bémol, c’est que, à force de pudeur, de retenue, Léonor de Récondo se prive et nous prive un peu d’émotion. Atia et Ama ne cessent de se répéter que l’important est de rester ensemble, et c’est vrai que de ce point de vue, dans le contexte qu’ils vivent, ils ont de la chance, mais j’ai eu un peu le sentiment qu’ils étaient parfois trop parfaits pour être tout à fait vraisemblables. Le vocabulaire, les tournures de phrases qu’ils emploient dans leurs pensées intimes, dans leur dialogue intérieur, m’ont semblé un peu artificielles. J’aurais préféré un peu moins de perfection formelle et un peu plus d’émotion, de chair (de rage).

Ces petites restrictions n’empêchent que Rêves oubliés est un très beau roman. Le troisième de Léonor de Récondo paraîtra en août prochain, déjà une petite perle de la prochaine rentrée littéraire à guetter ?

« Le grand-père s’est promené dans ce nouveau jardin en friche. Ses idées ressemblent à cet enchevêtrement de plantes. En se frayant un chemin d’une allée à l’autre, il s’est demandé en quoi le sol sur lequel il marchait était si différent de celui qui est de l’autre côté de la Bidassoa. C’est le même peuple ici et là-bas, c’est la même langue,  et pourtant sa vie,ses pensées, ses racines à lui sont incrustées dans le sol espagnol.

La lumière d’en face est plus belle, plus chaude, le vent y est plus doux, plus accueillant, l’atmosphère y est plus exaltante, plus insouciante. Une larme discrète perle au coin de son oeil.

La nostalgie et l’ennui entrent lentement dans le coeur de cet homme dont la vie n’avait, jusque là, jamais été bousculée. le destin l’ébranle à l’hiver de ses jours, alors qu’il pensait se reposer tranquillement sur les quelques lauriers qu’il avait amassés. » (p. 31-32)

Léonor de RECONDO, Rêves oubliés, Sabine Wespieser éditeur, 2012

Les avis de Sharon, Jostein et Krol

Et un livre en moins dans ma PAL, ça faisait longtemps !

Un-mot-des-titres