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Quatrième de couverture :

Sophie s’apprête à faire son premier baby–sitting. Quelle surprise lorsqu’elle découvre que c’est une grand–mère et non une jeune maman qui a posé l’annonce. À partir de ce moment‚ rien ne se passe comme prévu‚ et la vie de Sophie va en être bouleversée.

J’ai retrouvé Eva Kavian avec plaisir, elle dont j’avais tant aimé Ne plus vivre avec lui. Et je constate avec intérêt qu’Eva Kavian n’a pas peur de parler de sujets souvent « inaudibles » dans notre société : je suis prête à parier que je vais encore récolter des commentaires du genre « c’est lourd, comme sujet, non ? » ou « c’est surement très bien mais ce livre n’est pas pour moi, non merci ».

Ici il s’agit de la maladie grave, incurable, de l’approche de la mort, de la séparation d’avec ses proches. Sophie, qui croyait se lancer dans le baby-sitting classique, se retrouve malgré elle projetée dans l’histoire de Mouche, qui va mourir d’un cancer. Il ne lui reste que quelques mois, quelques semaines à vivre, et elle a besoin d’aide pour trier ses papiers, ses photos, prévoir son enterrement, préparer des souvenirs pour ses petits-enfants : quand ils viendront la voir, elle pourra leur annoncer tout doucement sa mort prochaine et leur éviter un premier chagrin trop dévastateur. Oui mais voilà : les petits-enfants tardent à venir, Sophie trouve cela très bizarre. Et l’histoire de Mouche va devenir partie intégrante de sa propre histoire…

Si ce roman s’adresse à des jeunes de 13-14 ans (comme Sophie, qui en a 14), je l’ai apprécié tout autant que ce public-cible, non seulement pour les thèmes que j’ai évoqués plus haut, mais aussi pour les thèmes annexes à cette approche de la mort : dire la vérité ou ménager le malade et/ou sa famille, prendre le temps de revisiter sa vie avant la maladie et assumer ses choix jusqu’au bout (Mouche a été une femme amoureuse, une mère et une grand-mère et si ses choix ont fait souffrir ses proches, elle est restée une femme libre et respectueuse des décisions d’autrui), se faire proche sans envahir la personne en fin de vie et décider à sa place… Tous ces thèmes sont traités sans lourdeur, car l’humour n’est jamais absent chez Eva Kavian, il permet un peu de distance et de légèreté par rapport à toutes ces questions qui ne sont pas faciles à porter.

A la lecture, j’ai parfois eu le sentiment que tout était un peu trop bien (la force de caractère de Mouche, la qualité des amis qui l’entourent, l’adaptation étonnante de Sophie à la situation, ses propres relations avec sa mère qui s’approfondissent et se renforcent grâce à ce « baby-sitting » particulier, la capacité à se parler, à mettre es mots sur les choses, chez tous les personnages principaux) même si l’histoire de Mouche cache un secret douloureux. Aujourd’hui, en rédigeant ce billet, je me dis qu’il a une valeur « exemplaire »et qu’il permettra sans doute à ceux qui le lisent d’apprivoiser la douleur de la mort d’un grand-parent ou d’un parent, de replacer la mort dans la vie de la personne, de s’ouvrir à cette philosophie de la fin de vie qu’offrent les soins palliatifs.

Vous l’aurez compris, tous ces sujets sont graves, mais jamais lourds sous la plume d’Eva Kavian.

Eva KAVIAN, Premier chagrin, Mijade, 2011

L’avis d’Argali

Un roman belge, dont le titre contient un nombre, donc je l’inscris à Lire sous la contrainte (contrainte du mois : un chiffre ou un nombre) et au Petit Bac Jeunesse.

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