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Présentation de l’éditeur :

À cinquante ans passés, Léon Van Bel, machiniste-mécanicien proche de la retraite, s’accroche passionnément à son métier de cheminot, et à la machine qui l’incarne : la 12.004, somptueuse loco à vapeur de plus de vingt mètres de long, avec laquelle il a déjà fait quatre fois le tour de la terre et qu’il surnomme affectueusement « la Douce ». Mais au fond, il ne se fait guère d’illusions. Dans ce monde qui pourrait être le nôtre, les transports ferroviaires traditionnels seront très bientôt détrônés par le téléphérique, et Van Bel irrémédiablement mis au rancart, sacrifié comme sa machine aux exigences de la modernité. Pour protéger la loco du dépeçage, le vieux cheminot révolté tente, en vain, de voler la Douce. Persuadé néanmoins qu’elle a pu échapper aux ferrailleurs, et qu’il saura la retrouver, il embarque clandestinement à bord du téléphérique, en compagnie d’une jeune femme mutique dont il a déjà brièvement croisé la route, dans des circonstances dramatiques…

On parle beaucoup en Belgique de cette BD sortie en avril 2013 et entièrement réalisée par un des géants presque mythiques de la BD belge, François Schuiten. On y retrouve l’imaginaire des Cités obscures, mis au service d’une histoire entre le rêve d’un mécano usé par le labeur et attaché pour toujours à « sa » machine, la 12004, et la dure réalité de la mise au rebut des locomotives à vapeur. On sent bien, même si la BD m’a un peu déroutée parfois (on passe du rêve à la réalité sans transition), que la fin des machines à vapeur va de pair avec la fin de vie du mécano dont les poumons sont souillés de charbon.

Si le monde dans lequel évoluent Van Bel et Elya est totalement fictif, à la limite de la science-fiction (tout le paysage, les villes sont peu à peu envahies par l’eau, les seuls transports restants sont les téléphériques),  le type de loco que conduit Léon a bien existé : dans les années 1930, des ingénieurs ont travaillé à créer des machines aérodynamiques, capables de rouler à « grande vitesse » (160 km/h pour l’époque, quand même) et les six locomotives de la ligne 12 ont été livrées en 1939. Elles ont roulé jusqu’en 1960 environ, avant d’être envoyées à la casse. La 12004 a été miraculeusement sauvée par des cheminots qui l’ont discrètement planquée dans un hangar désaffecté de la SNCB. Tout cela est très bien expliqué, photos à l’appui, dans la postface de l’album. Il y a aussi la possibilité de voir de la réalité augmentée sur le site dédié à La Douce.

Ici, Schuiten a choisi le noir et blanc pour parler de cette machine mythique. Le trait fait immédiatement penser à la gravure, les paysages, les décors sont détaillés à la perfection, les visages sont expressifs, je me souviendrai de ce mécano à la face burinée par le charbon et les intempéries et du corps souple d’Elya. Quant à la locomotive, ses lignes fuselées s’élancent sur la page dans un panache de fumée qui nous emporte à toute vitesse.

Je ne connais pas assez précisément l’univers de François Schuiten pour juger si cet album est mieux ou moins bien que les Cités obscures, la série phare de Schuiten et Peeters – et après tout, la comparaison n’apportera rien d’intéressant -, mais cet ouvrage est incontestablement une réussite sur le plan graphique et sur le plan de la nostalgie…

François SCHUITEN, La Douce, Casterman, avril 2013

L’avis de Yaneck

C’est ma BD du mercredi (chez Mango) et elle remplit la case Sentiment de mon Petit Bac BD.

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