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Quatrième de couverture :

« Tu vois, mon chéri, si par malheur tu rencontres ton oncle Zak… il faudra t’en tenir loin et ne pas suivre son exemple. » Mais les mauvais exemples sont tellement tentants, tellement séduisants ! Et quand Victor découvre que l’ouragan soufflé par son oncle Zak décoiffe les habitudes et les certitudes de toute la famille, c’est sa vie qui bascule…

Donc, il paraît que Du Bonheur à l’envers est la « suite » du Coeur en braille, ou plutôt nous y retrouvons le même personnage, Victor, mais en plus jeune. Vous lirez chez Hérisson que le premier est plus déjanté, mais pour moi qui découvrais Victor dans ce titre-ci, je dois dire que j’ai été assez contente de faire sa connaissance.

Victor est ici en CM2, en pleine découverte du théâtre antique grâce à sa merveilleuse maîtresse Mlle Bonjour et… en pleine déconfiture familiale. Son père a un peu le profil du loser sans autorité et se réfugie dans la recomposition d’un puzzle touffu, sa mère est tendue comme une patte de flamant rose, sa tante Etoile n’est pas non plus très détendue (il faut dire qu’elle souffre d’une forme d’autisme profond et manifeste sa désapprobation au désordre par des « Temeuh !!! » ébouriffants) et pour couronner le tout, son oncle Zak, la honte de la famille (d’après la maman de Victor) réapparaît quand plus personne ne l’attendait. Il y a aussi Léo, le copain de Victor, qui va souffrir « de solitude et de différence » au cours de l’année scolaire, et Julie, la voisine, qui ne se remet pas de la « rupture d’anémone » de sa petite soeur.

« Le soir, dans ma chambre, j’ai vraiment regretté de ne pas être allé à la salle de boxe pour cogner un peu et me vider l’esprit… Il y a très peu de théorie dans la boxe… Je réfléchissais comme jamais ce soir-là, j’avais la cervelle en totale autonomie. C’est quand même pas avec la théorie qu’on arrive à exprimer ses sentiments et à partager ses émotions ; et s’il y a quelque chose d’obligatoire à mon avis dans la vie, c’est bien la communication de la sensibilité. Et quand vous n’y arrivez pas, eh bien, vous rencontrez les difficultés d’Etoile. J’ai pensé à papa et je me suis dit que ma petite vie ressemblait à un grand puzzle pas tout à fait reconstitué.

J’ai entrouvert le rideau de ma chambre et j’ai eu l’impression que la fille d’en face était aussi dans sa chambre. Je voyais seulement le haut de sa tête. J’avais l’ipression qu’un fil fragile nous reliait. J’ai donné un coup de pied dans mon branchage, qui est parti valdinguer, et ensuite j’ai lancé quelques directs du droit dans le vide en me dandinant d’un pied sur l’autre et en esquivant tout ce que je pouvais. Et j’ai eu l’impression de boxer contre la solitude, qui est une grande menace. J’étais en sueur au bout d’un quart d’heure, je me suis jeté sur mon lit en soufflant comme un cachalot, et des larmes me sont venues dans les yeux à cause de la vie et des émotions. 

C’était certainement une crise de croissance. » (p. 54-55)

Avec ses découvertes, ses déconfitures, ses claques magistrales, ses éblouissements, ses émotions, c‘est la vraie vie que vit Victor, et il a bien de la chance de la voir avec un regard et des mots emplis de poésie, et de goûter la complicité de son oncle Zak, qui est au fond resté un grand enfant capable de s’émerveiller sans cesse, de (se) raconter des histoires, de percevoir le petit coup de folie à vivre dans l’instant présent, de deviner l’étincelle de génie bien cachée au fond des yeux d’Etoile.

« – Mon oncle Zak dit que dans toutes les joies il y a comme une petite tristesse. Et je suis en train de vérifier si c’est vrai…

– Oui, comme un petit caillou dans la chaussure. Et qu’on passe sa vie à essayer de la vider, cette chaussure, sans jamais y parvenir tout à fait.

– Alors, tu as vérifié ?…

Je suis descendu en rappel bien au fond de ma sensibilité.

– Oui, c’est vrai, elle est là, la petite tristesse au milieu de la joie… » (p. 234)

Du haut de ses dix ans, Victor nous en donne, des leçons de vie.  Et même si certaines situations ou comportements peuvent paraître « too much », l’humour de son créateur, le piquant de certains rencontres (ah les postiers suisses et leurs bonnes nouvelles, ils m’ont bien fait rigoler), la naïveté et la fraîcheur de Victor nous font tourner les pages avec joie ! Pascal Ruter sait mêler le grave et l’humour avec un art touchant !

Inutile, je crois, de préciser qu’aucun buisson n’a été malmené pendant l’écriture de ce roman ! 😉

Pascal RUTER, Du Bonheur à l’envers, Didier Jeunesse, sorti en librairie le 28 mai 2013

Un tout grand merci à Laure-Anne Le Coat et aux éditions Didier Jeunesse pour l’envoi de ce roman, je me suis précipitée chez mes libraires jeunesse pour acquérir le premier roman de l’auteur !

Si Enna accepte de changer avec Premier chagrin (qui deviendrait la catégorie Chiffre), j’inscris ce livre en catégorie Sentiment (et jeunesse bien sûr).

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