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Vous vous souvenez peut-être de la belle aventure que j’ai vécue à l’occasion du Prix Première 2013, décerné au roman L’ombre douce, de Hoai Huong Nguyen. J’ai eu l’occasion de revoir Hoai Huong au Salon du livre de Paris, d’échanger un peu avec elle, et elle a accepté de répondre à quelques questions sur son roman, son travail, ses goûts littéraires… Un très grand merci à elle, d’autant que le moment n’était pas le plus propice pour elle, et que moi-même j’ai un peu traîné à publier cette interview ici. Au cours des échanges à propos de ces questions, Hoai Huong Nguyen s’est une fois de plus révélée  une grande dame, profondément humaine et douce comme son roman. 

 

(Photo du site des éditions Viviane Hamy)

Comment êtes-vous venue à l’écriture, en d’autres mots comment et pourquoi décide-t-on d’écrire un roman ?

Je suis venue à l’écriture par amour de la lecture, des mots et des histoires, qui ouvrent des portes extraordinaires vers l’ailleurs.

J’ai commencé par écrire de la poésie. Puis, je suis allée vers la forme du roman qui me permettait d’inventer une intrigue et des personnages, de faire des recherches pour les ancrer dans le réel, et d’essayer de relier la réalité et sa représentation imaginaire dans un récit.

Quels sont vos écrivains, poètes et romanciers, préférés ? 

J’aime beaucoup Racine, Balzac, Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Nerval, Mallarmé, Claudel, Apollinaire, Aragon, Proust, Duras…, mais aussi d’autres auteurs, notamment anglophones : les auteurs irlandais (William B. Yeats, James Joyce, Samuel Beckett…), anglais (Shakespeare, Jane Austen, les sœurs Brontë…) ou américains (Emily Dickinson, Willliam Faulkner, Henry James…).

Pour moi, la lecture guide véritablement l’écriture, en lui donnant des repères et un idéal à poursuivre. Cependant, quand on pense à Bérénice, Notre-Dame de Paris ou aux Illuminations, on se sent forcément humble devant ces œuvres, tant elles sont belles et indépassables.

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La poésie tient une grande place dans votre travail d’écrivain, puisque vous avez déjà publié deux recueils de poésie avant L’ombre douce. Pourquoi aimez-vous ce genre, quelle est son importance pour vous ?

J’aime la poésie parce qu’elle représente pour moi une parole musicale et essentielle. La tradition poétique japonaise en est un magnifique exemple : les haïkus de Bashô et de ses disciples, qui essaient notamment de capter un instant ou des images insaisissables et éphémères. De la même façon, dans des styles très différents, la liberté des poèmes de Rimbaud, la diversité de l’œuvre claudélienne, ou la fantaisie d’Apollinaire et des surréalistes, sont de beaux exemples de la force de la poésie.    

Votre nom signifie « Faire mémoire ». Comment avez-vous déployé ce thème dans ce premier roman, L’ombre douce, pourquoi ce travail de mémoire est-il si important ? Et pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez choisi de « mettre en scène » la bataille de Dien Bien Phu ?

Depuis mon enfance, j’ai été baignée dans l’histoire du Vietnam qui est le pays d’origine de ma famille. Dans L’ombre douce, j’ai essayé de faire mémoire d’une période troublée en raison d’événements que je n’ai pas connus directement (guerre, exil…), en me les appropriant par l’imaginaire et la fiction. La bataille de Dien Bien Phu m’a intéressée, car elle représente un moment charnière entre deux moments de l’histoire, avant et après la fin de l’Indochine française. J’ai aussi été touchée par la tragédie des soldats du camp français et du camp vietnamien, qui sont tombés au combat, ont été blessés ou sont morts en captivité, dans des conditions terribles.

Vous ne parlez pas seulement du Vietnam, à travers le personnage de Mai et la ville de Hanoi, mais aussi de la France, avec le personnage de Yann, et la présence française en Indochine. Quel est votre rapport avec la langue française ?

Ma langue maternelle est le vietnamien, et j’ai appris le français en allant à l’école. Toutefois, le français est devenu ma langue principale. En effet, j’ai toujours vécu en France, et le français est la langue dans laquelle je lis et j’écris essentiellement.

J’ai voulu placer L’ombre douce sous le signe de la relation désirée et impossible à cette période de l’histoire entre les deux cultures de Yann et Mai. Leur itinéraire exprime en quelque sorte la recherche de liens, de circulations ou d’échanges rêvés entre leurs deux univers. 

Pourquoi avoir choisi Belle-Ile pour situer les origines de Yann ?

Lorsque j’ai découvert Belle-Ile, il y a quelques années, j’ai été frappée par la beauté des paysages, mais aussi par l’omniprésence de l’eau, à la fois lumineuse et obscure, dans ses différentes manifestations. Ainsi, il m’a semblé voir des analogies entre l’eau, la pluie, l’orage, les vagues, l’océan belle-îlois, et certains paysages du Nord du Vietnam (Hanoï, la pluie de mousson, la baie d’Along…). C’est là que j’ai eu l’idée de construire une histoire qui relierait ces deux lieux très éloignés, et qui entraient pour moi en correspondance.

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Avez-vous des rituels d’écriture, un rythme particulier ? (Par exemple écrire tous les jours à la même heure, tout écrire directement sur l’ordinateur ou à la main…)

Je n’ai pas de rituels particuliers. Je commence généralement à poser le début d’une histoire à la main, puis je passe à l’ordinateur qui permet de faire des modifications plus facilement en écrivant et en retravaillant les textes.

Merci infiniment, Hoai Huong, pour ces réponses, le temps que vous y avez consacré. Et merci pour ce très beau premier roman, L’ombre douce.

(Mon avis sur le roman ici)

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