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Présentation de l’éditeur :

Années cinquante : une épidémie de polio frappe la Belgique. Françoise, six ans, née dans une petite ferme quelque part en Wallonie, est atteinte par la maladie. Elle en gardera une jambe raide. Son frère Bernard, de cinq ans son aîné, échappe à l’épidémie, mais sombre très jeune dans l’alcoolisme, ce que la famille feint d’ignorer. Françoise, elle, sait mais se tait.
Animée d’une rage de vivre dont elle ne se départira jamais, elle grandit malgré le désamour de sa mère et une famille où règnent le silence, la lâcheté et la trahison. Elle se sent et se sait différente, dans ses valeurs et son désir.

C’est un très petit roman (75 pages) qui aurait pu s’appeler « Une vie » (mais le titre était déjà pris ;-)), le portrait de Françoise, une femme à qui la vie n’a pas fait de cadeau mais qui a (comme un autre titre récent de Joyc Carol Oates) « réussi à rester en vie ». Pas une vie au rabais, non, elle est devenue avocate, elle a eu des amis et une vraie (mais tumultueuse) liaison amoureuse. Et quand son moral est en baisse, une simple fleur, le seul chant d’un oiseau réussit à lui rendre sa capacité à s’émerveiller. Sa jambe malade, elle s’en accommode, elle n’en parle jamais. Elle est là comme la marque perpétuelle d’une enfance marquée par le désamour de la mère, la passivité du père, la jalousie et la veulerie du frère aîné. Une famille détruite par les non-dit, étouffée par les convenances, les normes sociales. Le frère, Bernard, ne parviendra pas à briser le silence, et en sera brisé. Il n’aura pas réussi à casser la vie et les rêves de sa soeur, qui finira par vivre une expérience inédite au Mail !

Dans ce récit émouvant, Michelle Fourez trace le portrait d’une femme originale, solitaire, qui se construit avec ses blessures, physiques et morales, qui réussit une vie féconde là où on ne l’attendait pas. Peut-être que cette romancière (de ma région !) a-t-elle voulu placer dans ces courtes pages beaucoup de choses qui l’intéressent, qu’elle vit elle-même, mais on peut y voir aussi l’originalité, la formidable capacité de résilience d’une femme qui ne renie en rien ses origines, qui parvient à s’ouvrir à l’inconnu, à construire sur le passé tout en trouvant de nouvelles voies pour s’épanouir, tout simplement. La simplicité de l’écriture, la clarté du style, en évitant le pathos, renforcent la qualité de ce petit livre ancré das son terroir. 

Une jolie découverte pour moi de l’univers de Michelle Fourez. Un roman à classer dans la catégorie « qui fait du bien » ! 

« Ce jour-là, on avait reçu la nouvelle radio. En juillet 1957. Une grosse radio brune qu’on avait posée sur une console de bakélite, à un mètre cinquante du sol, contre le mur de la cuisine.
Le père écoutait l’arrivée de l’étape du Tour de France, dans les Pyrénées-Orientales, debout, l’oreille collée contre le poste pour bien entendre, quand elle a commencé à avoir mal à la nuque.
Elle a posé sa poupée à terre, près d’elle, contre la chaise où elle s’était assise, et s’est mise à pleurer doucement pour ne pas déranger le père qui écoutait le Tour de France.
La mère sans un mot s’est approchée d’elle, a posé sur son front une main froide et sèche. La petite avait de la fièvre. Elle lui a glissé sous l’aisselle un thermomètre de verre ; quarante degrés deux. » (p. 7)

« Heureusement Lucien l’aimait. Lucien au rénom de lumière, avec ses yeux si clairs. De deux ans son aîné. Il l’attendait chaque matin appuyé contre le tilleul planté à l’entrée de la ferme, et en juin l’air en était embaumé. Lucien portait les deux cartables et marchait au rythme de Françoise, quand elle peinait à monter la côte montant à l’école. Elle avait neuf ans, lui aussi, et ils s’aimaient d’amour, se le disaient, se disaient que c’était pour toujours. » (p. 20)

Michelle FOUREZ, Une famille, Editions Luce Wilquin, 2013

Ma première participation (enfin) au challenge Histoires de famille de Sharon, un roman féminin des éditions Luce Wilquin, belge et donc européen.

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