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Quatrième de couverture :

« Elle ne pensait qu’à ça. Ramener sa vie à ce point précis.

Le point où elle s’était interrompue.

Il s’agissait de réunir deux morceaux de terre, deux morceaux de temps. Au milieu, il y avait la mer.

Elle posait des figues ouvertes en deux sur ses yeux pour retrouver cette saveur douce et granuleuse. Elle voyait rouge à travers les fruits. Elle cherchait le coeur de ce monde qu’elle avait dû abandonner. »

Deux mères et deux fils que la Méditerranée sépare.
Deux rives, deux pays, deux histoires que l’Histoire avec un grand H relie pourtant.

Ce livre m’avait d’abord attirée rien que pour sa couverture : des tons bleus, une belle image marine, il n’en faut pas plus pour me faire faire un achat compulsif (et en général je ne suis pas déçue, je le précise). Mais il y avait aussi le nom de l’auteur, Margaret Mazzantini, dont j’avais beaucoup aimé Venir au monde.

Ce court roman m’a d’abord séduite, d’emblée, par son écriture, très évocatrice, fluide, précise et poétique à la fois. Margaret Mazzantini a un réel talent pour parler de la douleur de l’exil, pour évoquer le bonheur perdu, et pourtant ce thème n’est (hélas) pas nouveau sous le soleil. Mais il m’a aussi appris quelque chose : côté méditerranéen, on est souvent branché sur le retour d’Algérie en France (en tout cas cela correspond à mes quelques lectures sur ce sujet) ; je ne connaissais pas l’histoire de ces liens bousculés entre l’Italie et la Libye, des Italiens partis vivre et développer la Libye, repoussés, revenus triomphalement avec Mussolini et ensuite violemment poussés au retour vers l’Italie par le jeune Mouammar Khadafi.

On connaît aussi la fin de ce dictateur, en toile de fond de la première partie du roman, où nous suivons Farid et sa mère, Jamila. Exilés de ce printemps arabe, ils se retrouvent sur un bateau pourri, affrontés à la mer alors qu’ils ne connaissaient que le désert, boat people désorientés, affamés, assoiffés, qui tentent de survivre en convoquant les souvenirs enfuis.

Ceux qui parviennent à atteindre les côtes italiennes, Vito les voit tous les jours sur la plage de la petite île où il passe les vacances d’été. A dix-huit ans, le jeune homme est un peu désorienté lui aussi : il a toujours détesté l’école et ne sait pas encore quel avenir professionnel il va choisir. Il porte en lui la mélancolie de sa mère, Angelina, arrivée de Libye en Sicile à l’âge de onze ans, avec ses parents qui n’ont jamais pu se réadapter à la vie en Italie. Le petit-fils, sa mère et sa grand-mère auront l’occasion de retourner à Tripoli, à la recherche des parfums, des couleurs, des bonheurs perdus.

Après cette deuxième partie âpre et nostalgique, tous les personnages se retrouvent dans un dernier tableau, point d’orgue du drame qui s’est joué sur la mer. Des pages qui se lisent la gorge nouée…

« Il y a quelque chose qui n’appartient qu’au lieu où on est né. Tout le monde ne le sait pas. Il n’y a que ceux qui sont arrachés de force qui le savent.

Un cordon enfoui dans le sable.

Une douleur qui te cloue et te fait haïr les pas que tu feras ensuite.

Tu as perdu le sens de l’orientation, cette étoile qui te suivait et que tu suivais dans l’obscurité incandescente de ces nuits qui ne sont jamais tout à fait noires. » (p. 73)

Margaret MAZZANTINI, La mer, le matin, traduit de l’italien par Delphine Gachet, Pavillons, Robert Laffont, 2012

Les avis de MinouClaraKathel et Jostein

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