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Quatrième de couverture :

Mars 1886, en Belgique. Mineurs et verriers se révoltent dans le bassin de la Sambre, mettant le pays à feu et à sang, tandis que l’orchestre de Berlin fait étape à Bruxelles pour un concert consacré à Mozart. Le lendemain, Lena, une jeune harpiste, rencontre Lazare, un souffleur de verre. Leur passion et les événements les mèneront de Montréal à New York, toujours épris de musique et de lumière. Séparée de l’homme qu’elle aime, Lena va connaître une existence de nomade parmi les saltimbanques, tout en protégeant le secret de Lazare. Une captivante histoire d’amour et de création.

Prélude de cristal trace le portrait d’une jeune femme intrépide, passionnée, douée d’une belle capacité d’adaptation. C’est elle que Bernard Tirtiaux fait parler, elle qui nous conte son histoire extraordinaire et pour le moins surprenante. Pour son époque, elle est particulièrement audacieuse, Léna, et elle parvient très vite à s’affranchir de l’autorité masculine, que ce soit celle de son père, du chef d’orchestre, du patron du cirque, jusqu’à son mari. En cela elle est résolument moderne et ce n’est pas le moindre intérêt de ce roman. D’autre part elle vit des aventures intenses et nous fait partager le quotidien d’un petit cirque nomade, sur les routes du Canada et de l’Est des Etats-Unis.

Mais voilà, je n’ai pas été pleinement convaincue par ce roman, qu’Argali m’a offert lors du dernier swap de printemps (je suis désolée de n’avoir pas tellement apprécié !). Plusieurs choses m’ont dérangée et ont un peu gâché mon plaisir de lecture.

D’abord, en parlant de ses aventures, elles sont peut-être un peu trop nombreuses, c’est beaucoup pour une seule femme, et l’auteur ne craint pas les invraisemblances : qu’elle se retrouve seule au coeur des émeutes des ouvriers verriers et s’en sorte sans une seule égratignure, j’ai un peu de mal à y croire, par exemple. Qu’elle passe de son milieu social berlinois assez aisé à une vie de saltimbanque en Amérique (sans aucune barrière de langue) est un rien improbable pour son époque. Elle est un peu trop parfaite, Léna,un peu trop lisse, même si elle a du caractère. Musicienne, saltimbanque, mère de famille, pourfendeuse du dangereux individu lancé à ses trousses, épouse d’un survivant de Wounded Knee, compositeur classique : elle fait tout, tout lui réussit, et… c’est un peu « too much ». J’ai l’impression que l’auteur a voulu intégrer trop d’éléments divers et disparates dans son roman.

Malgré les déboires entraînés par sa rencontre avec Lazare, Léna parvient quand même à avoir une vie sentimentale assez satisfaisante ; elle a des amis fidèles, qui supportent toutes ses frasques (j’aurais bien secoué son amie Emma), elle conjugue amour « platonique » avec Lazare et amour conjugal avec Springfield, elle a des enfants de coeur avant d’être mère elle-même… Et ce qui est d’autant plus gênant (à mon sens), c’est que l’auteur traite les personnages secondaires comme faire-valoir de cette merveilleuse femme à qui tout réussit.

Ce qui m’a beaucoup gênée aussi, c’est qu’elle raconte la majeure partie de ses aventures au présent, sans recul, ce qui lui donne un effet supplémentaire de maturité, de personnalité formidable… et qui ne m’a guère convaincue non plus. Si le récit avait été entièrement écrit au passé simple, cela aurait gagné en justesse, me semble-t-il.

Enfin, j’ai trouvé le style trop travaillé… Je me souviens, il y a longtemps, cela m’avait déjà dérangée dans Les sept couleurs du vent et m’avait tenue éloignée des autres romans de Bernard Tirtiaux, jusqu’à ce que quelqu’un me prête Pitié pour le mal, que j’ai beaucoup aimé. Mais ici, j’ai retrouvé un lyrisme exacerbé, une expression de sentiments un peu ampoulée, une juxtaposition d’images qui finissent par ne plus rien dire. En tout cas, c’est ce que j’ai ressenti et ça m’a souvent agacée ! Par exemple, quand Léna dit à son amant, au moment fort de leur « première fois » : « Pardon, Lazare, de ne pouvoir m’élever avec toi. Il y a eu saccage mais cela n’enlève rien au fait que je t’aime et te reçois pleinement. » (p. 71) Mouais… il faut avoir la présence d’esprit de s’exprimer si noblement à ce moment-là !

Ou encore cet extrait : j’ai cherché « fleuritude » au dico et ne l’ai point trouvé… « Tu es l’enfant que je n’ai pas eu, Lucette. Et si tu n’es pas mon sang, tu es ma sève, ma fleuritude. Tu seras la pupille de Lazare comme tu devins ma fille à la demande de ta regrettée maman. Nous nous aimerons au-delà des divergences, des exacerbations, des écueils de vie et Maggy renaîtra en toi dans sa chaleur, sa tendresse, sa pugnacité, sa gouaille, son aplomb tapageur comme elle s’est infiltrée en moi pour que je te sois familière, reconnaissable. » (p. 120) Un peu trop grandiloquent pour moi.

A écouter en lisant le CD de la compagne de Bernard Tirtiaux, Maria Palatine, elle aussi harpiste et compositeur, qu’Argali a eu la gentillesse de m’offrir avec le livre.

Bernard TIRTIAUX, Prélude de cristal, Le livre de poche, 2012

Argali a un avis beaucoup plus positif, elle parle aussi du spectacles musical.

J’inscris ce titre aux challenges Voisins voisines, pour la Belgique, et Des notes et des mots.

Voisins Voisines version Curlz   challenge Des notes et des mots 4

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