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Quatrième de couverture :

Sean Hopper, c’est celui qui est chargé du sale boulot aux abattoirs : tuer les bœufs. Sauf que lui, il y prend du plaisir… Glacial, taciturne, il est redouté dans tout le comté de Springfield, où il habite avec sa femme Bonnie. Mais un soir, Bonnie s’en va. Marre de vivre avec une bête humaine. De rage, Sean prend sa vieille Thunderbird, de l’alcool plein le sang et AC/DC à fond la caisse : il fonce dans un platane. Et il frôle la mort. À son réveil, il a changé. Il n’est plus – tout à fait – la brute qu’il était… Personne n’a l’air de s’en apercevoir, excepté le petit Bud, conteur de cette histoire, qui habite à côté de chez lui, avec son hérisson apprivoisé et sa Grand’ma indienne. Le petit Bud, qui n’oserait espérer que son existence puisse être ensoleillée par un homme comme Sean Hopper…

Quel plaisir de découvrir cette Ballade observée et racontée par les yeux et la voix de Bud, un gamin au regard plein de tendresse et de réalisme. Bien sûr, il n’est pas très assidu à l’école et arrange un peu la vérité scolaire pour sa Gand’Ma cherokee qui ne sait pas lire et perd un peu la boule, mais il est plein de ressources pour garnir le garde-manger, pour être à l’écoute du vent et du soleil et se lier d’amitié avec les petits êtres sans défense de la nature. Et puis il est ami avec Bonnie, et cela en fait un témoin privilégié, nous le comprenons à la fin de cette histoire !

Sous le langage de Bud, à la fois naïf et bien les pieds sur terre, nous suivons Sean Hopper, grand escogriffe qui fait peur à tout le monde et suscite jalousie et méchanceté. Il faut d’abord passer par la description insoutenable de son travail à l’abattoir avant de rouler à toute berzingue et de se fracasser avec lui contre un arbre dans l’oiseau de tonnerre. Alors ce sont ses mots à lui qui surgissent de la nuit, hachés, malhabiles, bruts de décoffrage. Et qui nous font comprendre petit à petit pourquoi il a été capable de faire le sale boulot à l’abattoir, qui nous rendent ce grand rustre terriblement attachant…

Sous la couverture (pas terrible, je trouve), on croisera aussi Nellie, une coiffeuse entremetteuse, Dad, un vieux accro au chocolat, n jeune corbeau solaire, Stan le dingue et un troupeau de génisses qui batifolent sans penser à rien.

Un récit touchant, plein d’humour, de tendresse, écrit par une Française : son rythme et son sens de l’observation nous feraient presque nous faire sentir dans un roman américain !

« C’était un de ces après-midi de juillet où la lumière se déguise et où il fait si chaud que les feuilles commencent à tomber comme si c’était l’automne. Des lièvreteaux batifolaient sans se soucier. J’aurais bien aimé leur apprendre qu’il faut se méfier, principalement de l’humain qui est une race imprévisible dans son invention des moyens de nuire.

Moi, ce que je préfère, c’est les aigles. C’est Grand’ma qui m’a expliqué comment faire l’aigle. C’est un truc d’Indien. Il faut penser très fort les plumes, penser l’oeil, le bec, penser le vent dans les ailes larges étendues, comme posées sur l’air. Et on y arrive, on y arrive très bien, parce que la vie est bien plus grande qu’on croit. Grad’ma me dit que les aigles et les arbres et les nuages sont mes frères et que la Terre est ma soeur. Ca fait une sacrée différence avec ce qu’on apprend à l’école et c’est un truc qui vous remet d’aplomb en moins de quatre quand le besoin se fait sentir, alors y a pas de raison de s’en priver. » (p. 40-41)

« Le soir, j’ai ouvert les sardines et j’en ai proposé à Grand’ma, mais elle en a pas voulu. Même les sardines, ça lui faisait plus d’effet. Pourtant je vous garantis que ça réjouissait les papilles. Après, je suis allé respirer le crépuscule en buvant le soda. Rè faisait son malin à l’autre bout de la véranda. Des petites vagues d’amour se sont mises à déferler entre lui et moi. Le soleil peignait le ciel en orange vif avec des éclaboussures dorées. Du boulo d’artiste. Je lui ai cligné de l’oeil en rotant mes sardines pour prouver ma satisfaction. Le dialogue avec les éléments, c’est primordial, tous les Indiens vous le diront. Et le soleil m’a répondu, OK, mon gars, je suis content pour toi. Et il m’est rentré à l’intérieur comme de l’or liquide. Partout. » (p. 76)

Martine POUCHAIN, La Ballade de Sean Hopper, Collection Exprim’, Sarbacane, 2010

L’avis d’Enna et celui de de Mirontaine

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