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Présentation de l’éditeur :

C’est depuis une presqu’île radieuse où le vent étincelle que Lucia Antonia consigne sur de petits carnets, par courts fragments frémissants, sa vie présente et passée. Endeuillée par la chute de sa partenaire funambule, son double lumineux, la merveilleuse Arthénice, Lucia Antonia a dû quitter le petit cirque fondé par son arrière-grand-père Alcibiade.

Comme suspendue entre deux mondes, entre le ciel et la terre, les vivants et les morts, dans les miroirs des salines, elle fait la rencontre d’Eugénie et Astrée, les réfugiées magnifiques, d’un garçon voilier, qui goûte le vin et tend le fil, et d’un artiste peintre, propriétaire de l’ancien moulin, qui semble vouloir ressusciter l’image brisée d’Arthénice…

Daniel Morvan nous offre un roman touché par la grâce, le roman des jumelles funambules où, comme au cirque, presque tout appartient à l’inquiète rêverie et au merveilleux. 
Un enchantement de lecture.

Voilà un roman tout court (129 pages) qui se lit presque dans un souffle, tendu comme un fil sous le poids d’une funambule. Une vision originale sur le monde du cirque, des acrobates et fildeféristes, sur ceux qui flirtent avec la mort. Le roman de Lucia Antonia, funambule dont le nom résonne des splendeurs et de la noblesse des empereurs romains, audacieuse artiste qui a perdu son double, Arthénice, sur un site grandiose, l’abîme de Bramabiau. Amputée de sa jumelle de spectacle, Lucia Antonia tente de redonner un sens à sa vie sur une presqu’île abandonnée, peuplée de salines et de réfugiés magnifiques, comme elle.

Ce roman est certes plein de grâce, comme l’écrit l’éditeur, il est même très raffiné. En de courts passaes, Lucia Antonia se souvient d’Arthénice et de leur apprivoisement réciproque, elle évoque les personnages originaux qu’elle croise dans son exil, elle tente de faire son deuil, de remonter sur le fil étroit et douloureux de la vie et du cirque sans Arthénice. Mais le raffinement du roman contient aussi deux défauts : les fragments éclatés de l’histoire de Lucia, entre passé et présent, demandent un effort au lecteur pour renouer les fils de cette histoire de cirque, d’amitié et de deuil. Et le tout manque un peu d’émotion. C’est du moins ce que j’ai ressenti début juillet quand j’ai lu ce livre. Peut-être vaut-il la peine d’être lu et relu, pour en savourer l’élégance. Son écriture poétique et tendue à la fois n’est pas le moindre de ses charmes.

« Je marche vers le couchant, en suivant les étroits sentiers du polder, et je pense à elle. Mes souvenirs me cuisent comme la plaie que font les cordages sur la peau nue. Je regarde les mûres, en espérant le moment où elles seront assez mûres. Je voudrais déjà les écraser sur ma peau, devenir noire et invisible parmi Eugénie et les siens. » (p. 21)

« L’art du cirque s’appuie sur l’observation des hommes en dehors du cirque. 

Comme un comédien, l’acrobate et le funambule doivent lire leur rôle dans la vraie vie. Mais leur art ne leur permet pas de le jouer avec naturel, comme si chacun empruntait un fil pour se rendre au travail. Ils ne doivent pas considérer que sur un câble, ou lancés entre deux trapèzes, ils expriment la chose la plus naturelle du monde. Ils doivent hésiter dans leur démarche. Ils doivent trembler. Ils doivent jouer de leur corps comme le fait un violoniste. 

Un funambule ne doit pas fixer un numéro avant d’avoir vu trembler son ombre sur les parois intérieures d’un chapiteau éclairé. » (p. 54)

« Mon ami Lucien dit que nous, acrobates, sommes des poètes car nous allégeons la vie. Il dit : chacun se figure que c’est le bonheur qui est attaché à nos voltiges. Et c’est vrai parce que je les retrouve, quand je te serre contre moi. 

Je lui dis que je suis honorée mais que non.

Il dit que notre art grandit l’homme parce qu’il lui fait lever la tête et admirer.

Je lui dis que dans l’église voisine aussi, les hommes lèvent la tête, puis la baissent, puis se signent. » (p. 58-59)

Daniel MORVAN, Lucia Antonia, funambule, Zulma, 22 août 2013

J’ai lu ce livre dans le cadre du jury Fnac de la Rentrée littéraire. Merci à la Fnac et aux éditions Zulma pour l’envoi de ce livre !

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