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Quatrième de couverture :

Dans la banlieue de Chicago, Tommie, onze ans, des dizaines de taches de rousseur et une mère qui ne la surveille pas, rencontre Lamb, la cinquantaine et qui traverse une mauvaise passe. Il est un peu pontifiant, un peu donneur de leçons, mais, des leçons, la fillette n’en a sans doute pas reçu assez, et elle écoute Lamb avec plaisir lorsqu’ils se donnent rendez-vous après l’école pour manger un hot-dog. En sa compagnie, elle voit le monde différemment.
C’est lui qui suggère qu’ils quittent la ville tous les deux. Il a un chalet dans la montagne, loin, au-delà des grandes plaines du Midwest, où ils pourront vivre au grand air. Elle le soupçonne parfois d’affabuler, pourtant un beau jour ils partent bel et bien. Elle n’a rien dit à ses parents mais ce n’est pas grave. Ce sera leur secret à tous les deux. Quel mal y-a-til à ce qu’un cinquantenaire emmène une gamine de onze ans à la montagne, dans un chalet isolé de tout ?

A l’heure où je rédige ce billet (NDLR : en juin 2013), j’ai un peu de mal à mettre mes idées en place pour parler de ce livre… Vous vous doutez bien, d’après la quatrième de couverture, qu’un malaise certain va se mettre en place puisqu’un homme de cinquante ans (un adulte, quel qu’il soit) qui emmène une gamine de onze ans en virée de Chicago au Midwest, cela sent évidemment la pédophilie. Le grand art de Bonnie Nadzam, dans ce premier roman, c’est que rien ne sera jamais sûr et certain à propos de cette déviance : certes, quelques passages tout en suggestion, en implicite ne permettent pas l’équivoque, mais rien n’est dit ou décrit crûment, vulgairement. Le malaise en est d’autant plus grand, forcément. D’autant qu’au fil de ce road-movie, on comprend que la gamine, Tommie, n’est pas si malheureuse que ça dans sa banlieue triste, elle se sent bien sûr seule et un peu délaissée par sa mère et son beau-père exténués par le quotidien, mais elle reconnaît elle-même qu’elle est « parfois heureuse », cette pré-ado vraiment très précoce, mais bien sûr complètement « innocente » et en réalité manipulée par ses « copines » plus âgées. L’auteur ose le jeu de mots tordu du titre : Lamb, c’est le nom de famille de David, l’homme perdu qui emmène Tommie, mais c’est bien elle, « l’agneau » livré aux fantasmes de cet homme.

Bonnie Nadzam a pris un parti d’écriture qui rend la compréhension des motivations de David Lamb encore plus malaisée : une grande partie du texte est constitué des dialogues entre Lamb et Tommie, on les suit de l’intérieur tout en ayant le point de vue extérieur de l’auteur/narrateur (je ne sais pas si c’est très clair, ce que j’écris là ?). Rarement un passage plus détaillé nous explique tantôt le parcours de Lamb, ce qui pourrait expliquer cette dérive, tantôt les réactions de l’entourage de Tommie quelques heures après son « enlèvement », tantôt encore les « observations » de Mr Foster, un voisin du chalet de Lamb dans les Rocheuses. Du coup, bien sûr, on se rend compte aussi de la complexité de ce genre d’affaire : le « ravisseur » peut présenter des côtés touchants (mais je n’ai jamais réussi à le trouver sympathique, impossible, car il a aussi une relation tordue aux femmes adultes) et l’enfant victime s’attache à cet homme, elle est parcourue de sentiments très mêlés, une sorte de syndrome de Stockholm qui ne dit pas son nom. Mais ce parti d’écriture ne m’a pas convaincue complètement. Même s’il contribue  bien sûr à la diffusion de l’inquiétude, du malaise face à cette histoire sordide.

Evidemment on ne peut s’empêcher de penser à Lolita de Nabokov, que je n’ai pas lu (oui, je suis inculte, et alors ?) et la jeune romancière a sans doute eu beaucoup de culot pour oser raconter une histoire relativement proche. Mais je ne peux comparer…

Il faut aussi reconnaître à l’auteur une belle sensibilité à la nature, aux paysages, à la faune et à la flore des régions traversées par Lamb et Tommie. Comme si cette nature rude du Midwest poursuivait inlassablement le cycle de ses saisons, à la fois indifférence aux dérives, aux angoisses des hommes et exutoire à ces mêmes excès.

Ce premier roman est intéressant, les pages se tournent avec curiosité, mais, je l’avoue, j’ai envie d’oublier très vite le malaise qu’il a habilement infusé, d’autant qu’il m’a laissée un peu sur ma faim !

Note de septembre 2013 : Bonnie Nadzam ne manque sûrement pas de talent puisque son roman est sélectionné pour le Prix Page America, qui couronne un premier roman américain, et qui sera dévoilé le 30 septembre 2013.

Bonnie NADZAM, Lamb, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Chartres, Fayard, septembre 2013

J’ai lu ce livre dans le cadre de l’opération de Rentré littéraire, On vous lit tout, organisée par Libfly et le Furet du Nord. Merci à eux, et aux éditions Fayard, pour l’envoi de ce livre.

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(Lire sous la contrainte 8 : au moins un mot étranger dans le titre)

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