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29 janvier

J’ai pris l’habitude de m’asseoir à la table de la cuisine une ou deux heures par semaine pour apprendre l’anglais. Aujourd’hui mes livres sont ouverts mais mon attention est ailleurs. Dehors j’aperçois les toits enneigés, les balcons. J’attends que le lieu ouvre sur autre chose que lui-même, qu’il laisse place à un souvenir, une image. Le temps passe, je ne vois toujours rien que des toits enneigés et des balcons. Sans doute la raison pour laquelle je m’adresse à toi. Je t’écris la plupart du temps quand je ne sais pas quoi faire, quoi penser de ce qui m’entoure. Comme si le fait de partager mon embarras pouvait en quelque sorte me rapprocher de toi. Ce n’est peut-être pas le cas.

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7 février

Quelques rares manteaux rouges dans la foule, sous de grands nuages qui assombrissent tout. Les voix se fondent au bruit des semelles mouillées. J’écoute des bribes de conversation. Au bout de la rue commence à paraître le viaduc. Une rangée d’arbers nouvellement plantés s’étend presque continûment jusqu’à lui. Je m’arrête un instant sur le bord du trottoir pour attacher mon soulier. Je n’ai pas beaucoup profité du soleil dernièrement.

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2 novembre

Les nuages ressemblent aujourd’hui à un grand matelas. Le blanc domine. Je regarde devant moi : les arbres avec leurs branches vides, le drap étendu depuis hier sur la corde, et que le froid a raidi. J’imagine cette même scène vue d’ailleurs, d’un autre balcon, ou d’un toit. Les fores et les couleurs changent, mais à peine. Un bruit d’eau retient à présent mon attention. Pendant un instant je vois les chutes du Niagara.

Maude SMITH-GAGNON, Un drap. Une place. – poésie, Triptyque, 2011

Un petit recueil en forme de carnets, passages mélancoliques dans des lieux réels ou imaginaires. Les extraits choisis sont à Montréal. Un recueil à explorer encore mais une première participation à Québec en septembre, organisé par Karine

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