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Quatrième de couverture :

Un campus féminin, dans la Nouvelle-Angleterre des années 1970. Gillian Bauer, vingt ans, brillante étudiante de troisième année, tombe amoureuse de son charismatique professeur de littérature, Andre Harrow. Celui-ci a décidé de faire écrire et partager en classe à ses élèves leur journal intime. Et gloire à celle qui offrira son intimité en pâture ! Anorexie, pyromanie, comportements suicidaires… un drame se noue. En son centre, l’épouse du professeur, énigmatique sculptrice qui collectionne la laideur.

D’ordinaire, les romans de Joyce Carol Oates sont assez consistants, en taille et en contenu. Ici, en 126 pages, c’est plié et c’est du lourd !

On sait dès le début qu’il s’est passé quelque chose d’oppressant, puisque la narratrice, Gillian Bauer, visite une expo à Paris où elle découvre une sculpture de Dorcas Harrow, la feme du prof dont elle est tombée amoureuse au cours de ses études. Et la voilà reportée vingt-six ans en arrière : « Une nuit au coeur de l’hiver. Par un froid glacial. Dans les monts Berkshire au sud-ouest du Massachussets. » (p. 9) Dans sa résidence d’étudiantes, Heath Cottage, l’angoisse est diffuse, la confiance ne règne plus vraiment entre les copines. Toutes fascinées par le professeur de littérature, Andre Harrow, toutes avides de recueillir sa confiance et ses attentions à lui, d’être digne des privilèges qu’il accorde, dit-on, à certaines élues.

Tout comme le prof exige de protéger le secret de ces « privilèges », le non-dit règne en maître dans ce roman. Dans ce flash-back, JC Oates distille les choses au compte-goutte, on sait, on croit comprendre qu’il se passe de drôles de choses chez Andre et Dorcas Harrow, mais rien n’est clair, on a du mal à respirer dans cette ambiance glauque.

Mais il n’y a pas que le non-dit : il y a aussi l’expression, l’extériorisation imposée par le prof qui fait lire à ses étudiantes leur journal intime. Déballage, escalade dans ce qu’on livre aux autres, catalogue de misères, de douleurs extirpées, exposées de manière obscène. Comme les totems de Dorcas, sculptures féminines obscènes, elles aussi. Un parallèle assez subtil entre l’emprise manipulatrice du couple et les oeuvres d’art contemporain, souvent marquées de noirceur. Lire le compte-rendu des souvenirs de Gillian nous entraîne au coeur de l’intime et nous rend spectateurs malgré nous de cette noirceur où aucun personnage n’est sympathique.

Un roman où le malaise et l’ambivalence des sentiments (« Délicieuses pourritures »…) règnent en maître, distillé de manière sourde et implacable sous la plume (magistrale) de Joyce Carol Oates.

Joyce Carol OATES, Délicieuses pourritures, traduit de l’américain par Claude Seban, Editions Philippe REy, 2003 (J’ai lu, 2005)

L’avis de Argali

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