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Présentation de l’éditeur :

« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre l’âpre existence qui fut la sienne tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d’attention émerveillée à la nature sauvage.

Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis islandais, d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie.

Je veux lire ce livre depuis qu’on en parle (quand même pas mal) dans la Rentrée littéraire 2013 mais je m’étais tenue un peu à l’écart de ce qu’on disait de lui. Le club de lecture de ma bibliothèque, consacré ce mois-ci aux éditions Zulma, me l’a fait sortir de la PAL (très récente)… et je dois dire que je ne m’attendais pas du tout à ce que j’ai lu !

J’avais en tête « lettre d’amour d’un vieil homme à un amour de jeunesse » et voilà que, dès le début, Bjarni évoque un amour très charnel, en parle d’une manière très précise, d’un érotisme assez cru ! J’avoue qu’il m’a fallu dépasser un rien cette première surprise pour me laisser conduire en Islande le temps d’une lettre. Comme Mina, la forme épistolaire m’a paru un peu artificielle parfois, mais pas à la fin, bizarrement, alors que cette lettre se termine sur une pirouette un peu facile (ou c’est moi qui suis difficile ?)

Cela dit, cette lettre m’a beaucoup plu, j’ai beaucoup aimé ce voyage en Islande dans les années 40-50, cette ode à la terre des ancêtres, aux légendes anciennes qui nourrissent la vie de Bjarni, son ancrage dans l’héritage des anciens, son amour passionné pour les moutons et autres animaux dont il est chargé de contrôler l’approvisionnement en fourrage. Cette passion va évidemment de pair avec les images et les réalités de sa relation avec Helga, et elle explique sans doute aussi qu’il n’ait jamais quitté Unnur tout en étant profondément malheureux avec elle. Des contradictions, des questions que Bjarni ne cesse de se poser ou d’essayer de comprendre tout au long du livre.

L’évocation de la société islandaise du temps de l’occupation américaine m’a aussi beaucoup intéressée, tout comme la vision politique de Bjarni, marquée au coin du bon sens et de la fréquentation de la terre.

L’humour est une belle composante, attendrissante, de ce court roman : le voyage vers les nord, l’oubli puis le retour vers le sud avec le corps d’une vieille femme fumée vaut son pesant de laine de mouton islandais ! Et même si la fin utilise une vieille ficelle d’écriture, il n’empêche qu’elle est pleine d’émotions et qu’elle rend ce vieil homme éminemment humain et digne.

Pas un coup de coeur, mais une belle découverte islandaise, due une fois de plus aux éditions Zulma !

Bergsveinn BIRGISSON, La Lettre à Helga, traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson, éditions Zulma, 2013

Les avis très contrastés de Cachou, Fransoaz, Lili, JérômeMarilyneMinaPhilisine Cave, entre autres !

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