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J’avais beaucoup aimé Les ignorants d’Etienne Davodeau, récit croisé et initiatique d’une belle rencontre entre un vigneron et un dessinateur de BD. Je viens de découvrir, grâce à ma bibli, une belle série qui met en scène les vins de Bordeaux et ceux qui les élèvent : Châteaux Bordeaux. Il y a de l’initiation aussi, puisque le point de départ est la décision d’Alexandra Beaudricourt de reprendre la propriété familiale, le château du Chêne courbé, à la mort de son père, mais cette série est nettement plus romanesque.

La jeune femme vivait jusqu’alors aux Etats-Unis mais les aléas de la vie font qu’elle choisit de relever le défi, et il est de taille : elle convainc malgré eux ses deux frères de la laisser tenter sa chance pendant une année, la propriété est grevée de dettes et le vin produit au Chêne courbé ne se vend pas bien, il manque de personnalité pour sortir du lot. La belle-soeur pressée d’hériter ne voit pas du tout d’un bon oeil l’initiative d’Alexandra, sans compter le fils du courtier exclusif du château, ancien ami d’enfance, qui s’est lancé dans une opération de charme auprès de la nouvelle patronne, non sans arrière-pensées…

Le premier tome, Le domaine, voit Alexandra reprendre pied dans le Bordelais (le Médoc plus précisément), essayer de comprendre ce qui est arrivé à son père et prendre ses marques dans la propriété. Elle décide de changer beaucoup de choses dans la gestion du domaine et ne se fait pas que des amis parmi les membres du personnel. Elle découvre aussi que son père avait écrit une bonne partie de l’histoire du Château…

Dans le deuxième volet de la série, L’oenologue, Alex prend des cours auprès d’un spécialiste mondialement connu (Michel Rolland, qui existe vraiment et a accepté de prêter ses traits réels au personnage – il préface aussi la série), pour apprendre à connaître les vins, les cépages, les arômes, les assemblages, toutes ces connaissances et ce vocabulaire si précieux – autant que le savoir-faire artisanal – pour produire un vin de qualité Elle doit aussi définir les qualités, les caractéristiques qui feront du Château du Chêne courbé un vin original, typique de son terroir et de sa propriétaire. Elle commence aussi à deviner et à subir des coups bas. Heureusement son frère Charles vient vraiment à sa rescousse.

Vous l’aurez compris, le scénario signé Corbeyran (un nom digne d’un vrai vin de Bordeaux) est passionnant : à la fois récit initiatique, aventure semées d’embûches et de passion pour l’héroïne, découverte d’une région, le Médoc, de ses vins mythiques mais surtout du travail plus discret d’appellations moins connues, d’un savoir-faire artisanal, la série Châteaux Bordeaux est une réussite. (Bon, d’accord, je n’ai lu que les deux premiers tomes, mais cela m’étonnerait que le niveau baisse.)

Quant au dessin d’Espé et aux couleurs de Dimitri Fogolin, ils sont superbes ! Le dessin est très réaliste, précis, la mise en page, les cadrages varient des vues du paysage médocain aux détails du travail viticole, des étiquettes, des verres de vin qu’on aurait envie de goûter en même temps qu’Alexandra. Les personnages sont très beaux, le travail sur les visages me semble particulièrement soigné. Les contrastes entre les scènes d’intérieur (de la maison au chai en passant par des bureaux ou un caveau de dégustation à Saint-Emilion, rien de moins) et les paysages de vignes, de Gironde, les jeux de lumière et de couleurs créent des ambiances d’une grande richesse, à l’image de cette magnifique région où j’aimerais retourner !

Je vous recommande vraiment ce voyage dans les Châteaux Bordeaux !

CORBEYRAN et ESP2, Châteaux Bordeaux, parus chez Glénat en 2011 pour le tome 1, Le domaine, et en 2012 pour le tome 2, L’oenologue.

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