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Présentation de l’éditeur :

C’est au fin fond de la contrée d’Atôra, au nord-est de l’île de Honshu, que Matabei se retire pour échapper à la fureur du monde. Dans cet endroit perdu entre montagnes et Pacifique, se cache la paisible pension de Dame Hison dont Matabei apprend à connaître les habitués, tous personnages singuliers et fantasques.

Attenant à l’auberge se déploie un jardin hors du temps. Insensiblement, Matabei s’attache au vieux jardinier et découvre en lui un extraordinaire peintre d’éventail. Il devient le disciple dévoué de maître Osaki.

Fabuleux labyrinthe aux perspectives trompeuses, le jardin de maître Osaki est aussi le cadre de déchirements et de passions, bien loin de la voie du Zen, en attendant d’autres bouleversements…

Avec le Peintre d’éventail, Hubert Haddad nous offre un roman d’initiation inoubliable, époustouflant de maîtrise et de grâce.

Avant La nostalgie heureuse, d’Amélie Nothomb, j’avais lu ce roman de Hubert Haddad, un autre écrivain francophone qui nous emmène au Japon, en compagnie de Matabei Reyen. Et quelle différence dans l’approche de ce pays…

Matabei est venu se réfugier à la pension de Dame Hison suite à un accident survenu à Kobe. Le visage d’une jeune fille ne cesse de le hanter, mais il va trouver un certain apaisement dans la contemplation du jardin et des éventails de Maître Osaki. Le vieil homme aura le temps de lui transmettre un peu de ses savoirs et Matabei se fixera dans ce jardin clos. Les arbres, les pierres, les fontaines, les rigoles qui le constituent semblent immuables, toujours offerts au regard et à la méditation au fil des saisons. Si les résidents de la pension, y compris Matabei,  sont gouvernés par leurs passions, leurs désirs, leurs regrets, le jardin ne change pas. S’y promener, arpenter ses chemins, se laisser surprendre par une fleur, un coup d’oeil paysager, par le chant d’un oiseau, c’est contempler et recevoir la vie dans son éternité. Les éventails et les haikus du vieux Osaki participent à ce mouvement perpétuel.

Le roman semble d’ailleurs fixé dans un cadre intemporel. Mais il est bien contemporain et alors que Matabei vieillissant entame un dernier voyage méditatif au sommet du mont Jimura (son Fuji-Yama), la réalité et les éléments naturels le rattrapent : nous sommes bien en 2011, non loin de la mer, non loin d’une centrale nucléaire tristement célèbre désormais. Si le tremblement de terre et le tsunami sont évoqués de façon stylisée, suggérée, leurs ravages n’en sont pas moins sensibles, dans le jardin, dans le corps et le coeur de Matabei. La vie pourra-t-elle renaître sur cette île japonaise ?

J’avais déjà été infiniment touchée par la plume d’Hubert Haddad dans ses nouvelles, Vent printanier. Dans ce livre, j’admire sa capacité à adapter son écriture à son sujet : les descriptions du jardin, les tourments intérieurs de Matabei, les regrets et les remords, la contemplation du monde végétal et minéral, autant de lieux où le style d’Hubert Haddad se déploie tout en grâce et retenue. Dans ce roman de la culpabilité et de la solitude, de la rédemption et de la transmission, son sens de l’épure et de la délicatesse apaise et questionne, remue et unifie.

« Quand la tempête gronde et que la solitude reste entière, comment les cueillir, les fleurs du silence ? » (p. 99)

« – Créer des paysages, poursuivit Matabei, c’est assimiler la loi d’asymétrie et le juste équilibre comme un art de vivre. Les chemins de rosée, les sentiers sous les arbres et les passes de gué avec tous ces riens échelonnés, cette pierre, l’eau vive d’une rigole, cette branche basse, voilà le parcours intérieur. Mais il faut laisser les choses vivre un peu de guingois autour de toi. L’imperfection ouvre à la perfection. Tu acèveras en esprit l’inachevé. Le jardin idéal n’est qu’un rêve. Oui, rien d’autre qu’un rêve qui invite l’infini par clins d’oeil. C’est l’unique harmonie… » (p. 101-102)

Hubert HADDAD, Le Peintre d’éventail, Zulma, 2013

L’avis de Marilyne, de Jérôme et de Gwennaëlle

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