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Quatrième de couverture :

Laura Kern est hantée par un rêve, le rêve d’une maison qui l’obsède, l’attire autant qu’elle la terrifie. En plus d’envahir ses nuits, de flouter ses jours, le rêve porte une menace : se peut-il qu’il soit le premier symptôme du mal étrange et fatal qui frappa son père, l’héritage d’une malédiction familiale auquel elle n’échappera pas ?
D’autres mystères corrompent bientôt le quotidien de la jeune femme, qui travaille pour une agence immobilière à Paris – plus un effet secondaire qu’une carrière. Tandis qu’elle fait visiter un appartement de l’avenue des Ternes, Laura est témoin de l’inexplicable disparition d’un enfant.
Dans le combat décisif qui l’oppose à l’irrationnel, Laura résiste vaillamment, avec pour armes un poème, une pierre noire, une chanson, des souvenirs… Trouvera- t-elle dans son rêve la clé de l’énigme du réel ?
Sur la hantise du passé qui contamine les possibles, sur le charme des amours maudites, la morsure des liens du sang et les embuscades de la folie, Hélène Frappat trace une cartographie intime et (hyper)sensible de l’effroi et des tourments extralucides de l’âme. Des ruines du parc Monceau à la lande galloise, avec liberté et ampleur elle réinvente dans Lady Hunt le grand roman gothique anglais, et toutes les nuances du sortilège.

Oserais-je dire que je sors de ce roman comme d’un rêve…

Je me suis laissé attirer par la magnifique couverture, puis porter par les rêves, les tâtonnements, les terreurs, les souvenirs de Laura, ses maladresses, son décalage avec la vie « ordinaire », ses tentatives désespérées de trouver un sens, ses hallucinations, ses terreurs encore, ses rêves toujours…

A travers la narration éclatée des trois premières parties du roman, le rouge et le noir dominent : rouge feu, rouge sang, éphélides, rousseur, salomés rouges, noir de la nuit et des forces obscures, noir de l’obsidienne, noir des ombres qui hantent Laura. Le rouge et le noir composent une partition noyée de brume, entre le parc Monceau et les landes bretonnes, de l’avenue des Ternes au pays de Galles.

Si l’on se perd (volontiers, en ce qui me concerne) dans les méandres de l’histoire, il se dégage aussi des traits plus clairs : l’attachement des deux soeurs, Elaine et Laura, le destin tragique du père et l’amour de ses filles, l’épée de Damoclès qui pèse sur les deux femmes depuis leur enfance. La force d’attraction et l’attachement que l’on peut éprouver envers des maisons, maisons d’enfance, maisons rêvées, maisons incarnées… Maisons de légende comme celle où la Dame de Shalott fut condamnée à vivre la malédiction qui lui fut lancée.

Comme les reflets et les ombres dans les miroirs, le roman se fait ainsi chambre d’échos, jeu virtuose entre diverses sources d’inspiration. Il nous dérange, nous invite à croire aux fées, aux sorcières, aux maisons hantées. Nous y accompagnons Laura dans sa douce folie (tiens, une folie, c’est aussi un nom de maison…)

Dans la quête de Laura, dans son lien à la pluie et au vent, il m’a semblé reconnaître un peu du chagrin de l’héroïne des Déferlantes, et c’était bon d’avoir la gorge serrée, de se perdre avec elle dans les souvenirs tragique du père trop tôt parti, dans ses doutes, dans ses errances, guidée par la plume d’Hélène Frappat, poétique, faut-il le dire, délicate et retenue, mais aussi obsédante et lancinante.

J’ai lu ce livre en quelques jours seulement, avec l’impression toutefois en le reprenant à chaque fois que ce que j’avais lu avant se perdait dans la brume, mais je crois, après l’avoir refermé, que sa musique s’insinuera en moi et estompera délicatement le rouge et le noir dans ma mémoire de lectrice.

« Un dimanche s’achève sous la Manche. 

Le dimanche, en fin d’après-midi, personne n’est sûr d’atteindre la nuit. Des particules de nuit recouvrent lentement votre journée de cendres. La cendre ternit l’éclat des lampes. Vous contemplez votre vie comme un passant observe des inconnus derrière une fenêtre. Votre vie soudain étrangère à vos yeux.

Je serre contre moi l’imperméable trop grand de mon père, notre père. Elaine n’en a pas voulu après l’enterrement. Si je disparais sous les tonnes d’eau du tunnel, enveloppée dans l’imperméable froissé transformé en linceul, la femme aux cheveux rouges de mon rêve surgira-t-elle une dernière fois ? » (p. 99)

Hélène FRAPPAT, Lady Hunt, Actes Sud, 2013

Les avis très variés de Cachou, Kathel, Leiloona, Margotte et Skriban

Un très grand merci à Olivier Moss et à PriceMinister pour l’organisation de ces matches de la rentrée littéraire, ainsi qu’aux éditions Actes Sud !

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